[CRITIQUES] OFF! – Homonyme – Vice Records (2012)

OFF! - Homonyme - Vice Records (2012)

Marins d’eau douce, abandonnez le navire, Capitaine Morris et l’équipage de OFF! ont hissé le drapeau noir et ils ne feront pas de quartiers! Un assaut féroce livré en seize pièces toutes plus vicieuses les unes que les autres, une agression si brutale que vous n’aurez même pas le temps d’implorer le pardon car le tout est exécuté en moins de seize minutes.

16 chansons, 16 minutes. Ouch.

Fidèles aux principes de jadis, l’album a été enregistré et mixé en très peu de temps, ne concédant aucun espace à l’hésitation. Ainsi, le sentiment d’urgence est présent tout au long de l’album: le temps est précieux, le temps presse. Chaque seconde est un concentré de colère réduite à sa forme la plus pure, chaque chanson la manifestation explosive d’un trop-plein de rage accumulé. La plupart des morceaux, réduits au minimum absolu en durée -plus encore que sur First Four EP’S – n’atteignent même pas les 55 secondes, ne retenant que l’essentiel et rejetant tout ce qui pourrait être superflu, pour finalement incarner une des versions duhardcore punk rock moderne les plus épurées qui soient. La production, assurée par le guitariste Dimitri Coats (Burning Brides), est impeccable. On y retrouve les sonorités lo-fi caractéristiques du hardcore des années 80, mais la note n’est pas trop forcée et OFF! s’approprie sans complexes cet heureux mélange de moderne et d’ancien.

Le défi était considérable. Certains avançaient que de voir le quatuor répéter l’exploit de First Four Ep’s était très peu probable, tant les DarknessPanic Attack et Black Toughts frisaient la perfection. D’autres, que le style exploité sentait déjà le réchauffé et que OFF!, capitalisant sur un line-up de all stars était condamné, pour les albums ultérieurs, à une formule diluée et sans grande originalité. Comment, alors, parvenir à une œuvre originale sans sacrifier les éternels trois accords?

À notre humble avis, la réponse pourrait se trouver en la contribution de Dimitri Coats. Issu d’une tradition musicale plus complexe que le punk « classique », il a probablement été le moteur créatif du second opus. Son jeu, mis à l’avant-plan de l’album, rend un fini plus sombre, plus complexe, plus agressif que précédemment. À quelques occasions, le guitariste y va même de furieux solos (voir Harbor Freeway Blues, Wiped Out), un changement plus que bienvenu qui ne clashaucunement avec la sonorité de OFF!, bien au contraire. Bref, à la différence de First Four Ep’s, où l’on sentait que c’était le band de Keith Morris, la présence et l’importance de la contribution de Coats, ne pourront, désormais, plus être ignorées, un changement qui pourrait se révéler essentiel pour assurer l’intégrité créatrice du groupe.

Attention, ne vous méprenez pas! Ce changement dans l’orientation artistique du groupe n’éclipse en rien la performance de Morris, qui se révèle plus virulent et plus haineux que jamais. À croire que ce qui rendait Morris cinglé alors qu’il s’époumonait dans Nervous Breakdown, en 78, le fait autant rager maintenant, à 56 ans. Heureusement, son âge vénérable (du moins, pour le mec qui chantait Live fast, die young ) semble n’avoir aucune emprise sur lui. Dans le doute, les dix premières secondes de Borrow and Bomb devraient vous suffire à vous convaincre. Tel un animal sauvage piégé dans un coin, il attaque tout ce qui bouge, écorchant même au passage son ancien bandmate et fondateur de Black Flag, Greg Ginn: « So you think you’re the king of the scene that you’ve created. I’ve got news for you ». Et le rire inquiétant suivi du cri en conclusion de l’album laissent croire qu’il va peut-être se le taper bientôt, son nervous breakdown.

Mention spéciale pour le artwork de Raymond Pettibon. Et pis, allez donc mettre l’aiguille sur le disque et jugez par vous-même!