[CHRONIQUES] Child Meadow – Discographie

Child Meadow

Il est facile de mentionner comment ça peut sonner fort et complet, un power trio. Le format fut adopté par plus d’un groupe au fil des années et présente plusieurs avantages créatifs et logistiques, notamment au niveau du transport lors des tournées et de la simplicité du processus créatif. Les duos sont quant à eux réservés la plupart du temps à des numéros publicisés de chanteuses pop. En effet, il est plutôt rare de voir un groupe punk/hardcore adopter le format. Child Meadow n’est pourtant pas une anomalie. À moins d’avoir vécu en dessous d’une roche durant les dernières années, on a vu Japandroids adopter la formule avec succès, Karysun et Solids nous auront fait également réaliser qu’il y a toujours moyens de pallier au manque de personnel et d’instruments avec beaucoup de gear, du guts et de la suite dans les idées. Le duo en provenance de Toulon en France vient donc s’ajouter à une palette grandissante de bands qui sont allergiques aux bassistes, comme si c’était des peanuts.

Depuis la sortie de leur démo de 5 titres en 2010, Child Meadow nous a habitué a un punk hardcore aux riffs angulaires et mélodiques, bercé dans la mélancolie et transpercé tantôt de colère, tantôt d’un abandon juvénile. La batterie réussit à se démarquer malgré l’absence de la basse qui viendrait sans aucun doute permettre au duo d’avoir une section rythmique plus rondement menée. Mais ceci n’est pas un reproche, car le son du groupe est loin de manquer de profondeur. Il serait facile de comparer Child Meadow à leurs cousins montréalais Bon Vivant (mais en un petit peu moins baveux), Suck La Marde ou encore Big Kids. À mi-chemin entre Leatherface et le screamo/hardcore rapide de leurs compatriotes Bökanovsky, le groupe ratisse large dans les tons et devrait en rejoindre plus d’un. Tout au long de leur discographie qui ne cesse de grandir, le groupe nous offre même de véritables bijoux de post-rock et autres interludes instrumentaux. On y passe même par le dub sur le split avec Remek et même si aux premiers abords certains seront tentés de crier au faux pas, on finit bien vite par se rendre compte que la pièce est loin d’être indigeste.

Child Meadow - Crispy Bbq Tofu Burger

Les échanges de voix viennent ajoutés du dynamisme et collent que trop bien au son du groupe. La voix principale est râpeuse, franche et solennelle. Elle nous livre les paroles empreintes de critique sociale et de self-empowerment qui sont franchementréussies et nous permettent de connecter avec le groupe à un niveau personnel très rapidement. Encore mieux, c’est en français! La seconde voix que vous entendrez parfois est beaucoup plus sobre et maladroite, mais ses traits caractéristiques viennent ajouter au charisme indéniable du groupe et renforce l’impression de camaraderie qui se dégage des compositions.

Et que dire du sens de l’humour assumé que le groupe nous affiche tantôt dans son choix de titre d’album Crispy BBQ Tofu Burger ou dans les choix d’échantillonnages entre les chansons. Le groupe nous fera donc entendre fromage de chien (expression qui a dorénavant une place de choix dans notre vocabulaire de tous les jours), Neil Patrick Harris qui nous parle de trucs légendaires, le one hit wonder de Antoine Dodson est joué en intégralité à la fin d’un titre et on a même droit à Robert Charlebois qui chante Je Reviendrai à Montréal! Ça, c’est borderline se faire tordre le bras par quelqu’un qui te demande de l’aimer, si vous voulez notre avis. On se laisse un peu faire, d’ailleurs. Ça rend leurs albums tellement bon enfant et sans malice qu’on a un peu l’impression que chaque nouvelle parution du groupe est un mixtape faisant une déclaration d’amour à la musique et aux acteurs de la scène DIY partout dans le monde.

Child Meadow - Rad

Mais s’il y a bien un département où le groupe est sérieux et sans équivoque, c’est au niveau de l’éthique de travail. Le groupe, irréprochable, travaille d’arrache-pied et offre déjà une discographie impressionnante. Un démo 5 titres paru en 2010, suivi d’un 7’’ de 4 titres (plus une 5e piste bonus qui est une version ré-enregistrée de la pièce Regrets) puis d’un LP de 12 titres (Crispy BBQ Tofu Burger) que le groupe nous rapplique déjà avec un split LP avec le groupe Remek en provenance de la République Tchèque. Au menu pour le reste de 2012? Un split avec Paper Plane Crash, la 2e partie de CBTB, plusieurs projets de split 7’’ et une apparition sur une compilation-bénéfice. Ajouter à ça le label du chanteur, Désertion Records, ainsi que le travail de jour à temps plein auquel personne n’échappe et vous dresserez le portrait d’un groupe travaillant, créatif et inspiré. Vous aurez sans doute remarqué que chez VAKARME, on affectionne grandement les groupes de ce genre qui, dans leur générosité sans limites, mais aussi de par leurs convictions morales fermement ancrées dans l’esprit du DIY, nous offre la totalité de leur discographie en téléchargement via leur site web officiel.