[CRITIQUES] Japandroids – Celebration Rock – Polyvinyl Records (2012)

Japandroids - Celebration Rock - Polyvinyl Records (2012)

Il existe tout un hype engendré par les géants de Pitchfork autour de ce groupe-là. Si les deux canadiens sont passés de simples musiciens locaux à artistes reconnus internationalement, c’est sans doute en grosse partie à la découverte de leur album Post-Nothing par les tyrans du hip-music. Il y a toujours du bon et du mauvais dans le fait d’être poussé en avant par un aussi gros think tank médiatique. Plusieurs sont menés à signer sur des majors et à perdre toute leur saveur indy. 

Il y a par contre cet entre-deux qui te permet de connaître un groupe au moment où il sort, juste avant qu’il sellout. C’est ce qui s’est passé quand on a découvert le groupe l’an dernier. On est tombé immédiatement en amour avec ce mystère qui entoure le travail artistique de Dave et Brian. Un rock définitivement nostalgique, où paroles simples et pop s’allient dans un nihilisme post-néantisme. Les cantines pour amourettes se mélangent à un profond désir de partir, de tout foutre en l’air. Forget all our friends back home […] I don’t give a fuck nous gueulent tour à tour guitariste et drummeur. Un partage en duo comme on le connaît si bien à Montréal grâce aux excellents Solids.  Pas étonnant que le son nous soit familier, Louis et Xavier nous ont déjà habitués à ce festin nineties digne de Sonic Youth. 

Qu’en est-il de la suite, Celebration Rock? Maintenant conscients de leur capacité à percer, ils avaient à nous prouver s’ils pouvaient continuer dans cette veine sans dépasser la ligne du lo-fi en sur-produisant leur son pour plaire aux rapaces du monde musical. On sent que c’est un peu plus raffiné; les paroles sont moins spontanées, simples et naïves. Les progressions musicales, déjà à tendance post-rock dans l’album précédent, sont légèrement mieux ficelées. Une maturité profitable ou un délaissement de la spontanéité si cher à Post-Nothing? Difficile de critiquer négativement en écoutant ce que ça donne dans Evil’s Sway. Une chanson qui réussit à la perfection ce mélange pop/naïf des paroles(Oh yeahh, Oh riiiight!) et cette maturité musicale (incarnée, entre autres, avec le très beau solo au drum). Il faut se l’admettre, les droids ont réussi à merveille la lourde tâche de créer un album sophomore en restant dans la veine qui nous a fait tombé en amour avec Post-Nothing. Et bien qu’on y reconnaissait déjà un son punk, avec Celebration Rock, on vient réitérer cette position avec plus de force. C’est évidemment flagrant avec l’excellent cover des Gun club (For the love of Ivy), mais ce l’est également dans le main riff minimaliste d’Adrenaline Nightshift, qui sans être du simple Ramones, nous rappel immanquablement nos premiers cours de guit. 

C’est mission accomplie. Celebration rock est le deuxième effort parfait pour un groupe qui s’était mis la barre haute sans le savoir. En effet, quand ils ont écrit leur premier album en 2008, s’en suivit un break-up par manque d’intérêts de la scène. Et finalement, après avoir eu le tremplin de Pitchfork, ils ont réussi à sortir sous Polyvinyl Records un des meilleurs albums de 2009.

Eh oui, c’est également pourquoi leur dernier show à la Sala Rossa lundi dernier était rempli, contrairement à tous les shows punk rock organisés à Montréal. Comme quoi les grosses machines à promouvoir du Indy font bien leur job auprès du public montréalais. Ça fait longtemps qu’on sait que c’est ce qui pogne en ville. Faudrait peut-être que les bikers du Mile-End et autres défunts lecteurs du Mirror commencent à lire VAKARME, ça leur ferait une vraie bonne lecture DIY. Si ça se trouve, ils pourront même s’habiller avec notre version papier. Ça, ça serait vraiment hip. Pour les autres qui ont encore du bon goût, vous l’encadrerez dans votre salle de bain, ça va nous toucher drett’ au coeur.

Sur cette déclaration de guerre, on vous suggère fortement d’aller vous évader dans l’écoute de Celebration Rock. Orgasme garanti.