[CRITIQUES] Converge – All We Love We Leave Behind – Epitaph Records / Deathwish Inc. (2012)

Converge - All We Love We Leave Behind - Epitaph Records / Deathwish Inc. (2012)

La figure que représente Converge dans la musique est très vaste. Au-delà des genres musicaux, le groupe a su se tailler une place parmi les fans de musique, qu’ils soient amateurs de metal, de hardcore, de punk et même d’indie à la limite. C’est une richesse que le groupe a su développer avec le temps: être capable de faire un mélange foutument bien ficelé qui défi les genres.

Ce constat n’aura jamais été aussi frappant auparavant. All we Love we Leave Behind est l’aboutissement de ce processus, il marque une maturité dont peu de groupe puisse se réclamer. Cette maturité est caractérisée par toute la diversité présente dans l’album. Un mélange de vocal nous rappelant à la fois Last Light, Lonewolves et Dark Horse, des riffs effrénés jusqu’aux feedbacks parfaitement bien contrôlés, de l’harmonieux mélange de mélodie et de murs de son, du drum endiablé aux rythmes non-conventionnels, tous ces éléments forment un amalgame logique, encadré et cohérent qui nous dirigent dans un univers musical qui leur est propre et où Converge réussi à, de un, s’approprier un nouveau son, et de deux, à se différencier de leurs précédant albums.

Aimless Arrow, le premier extrait ainsi que le premier titre de l’album, a su nous capter par son clash qu’il crée par rapport à Axe to Fall. On a eu cette impression qu’il annonçait un album frais et unique, particulièrement par rapport à la voix de Jacob Bannon qui se dirige dans une voix peu exploré dans le passé. Dès le début du riff de Trepasses, on nous ramène à l’ordre en rappelant la frénésie à laquelle on a été habitué sur le dernier album. La fin de la chanson est d’une puissance énorme mais qui ne déroute pas, tellement le chaos est contrôlé. On a ici l’exercice d’une chanson typique de Converge mais dans une maîtrise jamais égalisé auparavant. Tender Abuse est cette minute de pur défoulement auquel on est plutôt habitué et qui nous mène très rapidement vers une pièce maître de l’album, Sadness Comes True. Un départ lent et lourd qui nous surprend avec un tapping en boucle, nous faisant faire des laps rapides, alternant entre un hardcore thug au niveau des voix (i.e. le refrain) et une guitare très variée mélangeant les styles. Ce titre démontre bien le point que nous tentons de vous faire voir.

Dès le début d’Empty on The Inside, on comprend que les chansons sont très bien moulus ensemble. C’est précisément ce moule qui aide à forger la cohérence et le sentiment d’unité de l’album. Des petits accents communs qui se suivent et nous amènent tranquillement ailleurs, d’où l’importance d’écouter l’album dans son ensemble. On apprécie particulièrement ça, et c’est d’ailleurs quelque chose qui n’était pas présent sur Axe to Fall que l’on est bien content de retrouver sur All we Love we Leave Behind.

A Glacial Pace commence lentement, et ce n’est pas sans nous rappeler Grim Heart / Black Rose (sans la voix weird). Cette lente progression vient à se répéter jusqu’à la case départ. Un milieu d’album qui a tout à fait sa place dans la structure de l’album en servant de transition entre les deux moitiés. Ça repart avec Vicious Muse en nous livrant un hardcore plus traditionnel qui saura plaire à plusieurs. La chanson que tu veux mosher dessus, même si c’est pas trop ton truc. Le tempo ne ralentit pas en enchainant avec Vein And Veils, où on voit à l’oeuvre un Ben Koller particulièrement en forme. Coral Blue nous ramène à un tempo plus bas. Et c’est selon nous la pièce la plus accessible et celle qui sonne le plus commercial. Sans être mauvaise, elle agace un tout petit peu l’oreille par son côté un petit peu trop Metallica. Ce petit moment de douceur nostalgique aura tout de même son bon côté, puisque la fin nous donne une excellente introduction à un des meilleurs titres de l’album. Shame in The Way est rempli de rage bien dosée dans une progression nous menant à une fin frissonnante tellement c’est du génie!

Et on entre selon nous dans le meilleur de l’album. All we Love we Leave Behind est, sans pesé nos mots, un chef-d’oeuvre de la musique. Une ode aux métal des années 80 et 90 tout en ayant la progression d’une oeuvre contemporaine post-rock. Une voix si bien maîtrisée dans un ensemble d’une cohérence inébranlable. On est sur le cul et heureusement que Predatory Glow est là pour nous ramasser en terminant l’album dans un moment sludgy bien posé.

Avec une fin pareille, impossible de rester indifférent à ce nouvel album. Il est l’aboutissement logique et la maîtrise complète de leur art depuis le début de cette longue carrière. Un album qui saura conquérir les indécis de Converge, qui ne laissera aucun fan déçu et qui, on peut se le dire, ferait un excellent dernier opus. On peut mourir en paix sans regarder en arrière.