[CRITIQUES] Crusades – Parables – It’s Alive Records / Destructure Records (2012)

Crusades - Parables - It's Alive Records / Destructure Records (2012)

Trois en trois pour le groupe ontarien Crusades

Pourquoi seul dieu peut-il nous expier? Pourquoi faille-t-il seulement expier nos pêchés? Et qu’est-ce qu’un pêché? Apportez la question philosophique au-delà du fuck religion, c’est ce que Crusades vient faire à travers une enveloppe parfois power-pop catchy, parfois dans un semblant d’anarcho-punk, le tout servi dans un post-hardcore entraînant et qui ne tombe pas dans le piège de la surproduction. Parables est le troisième effort du groupe d’Ottawa, et il fait suite à leur seul LP, The Sun is Down and The Night is Riding In, qui fut internationalement très bien reçu dans la scène punk l’an dernier.

Prenant des membres des groupes ontariens comme Buried Inside, Year Zero, The Creeps et The Sedatives, Crusades a tout pour nous offrir cet excellent mélange musical accrocheur, aux paroles absolument essentielles, à l’ambiance dark et résolument engagé.

Ça fait du bien de voir ça parmi notre scène locale. Ça permet de secouer un peu le confort de tout le monde, de prendre une bonne dose de musique entraînante qui te donne le goût de te défoncer les cordes vocales en croyant, avec un trop plein de conviction, que nous pouvons aller plus loin philosophiquement dans ce monde plein d’intolérance où le combat religieux est présent, tant dans ta vie de quartier, que dans le moindre conflit mondial.

Les paroles de Rites of Atonement (Parable I):

How could we wipe the horizon away?
How could we drink up the sea?
How could we unchain Earth from its Sun?
We’re plunging continually.

Do we not feel the breath of space?
Is night not closing in?
Is not this deed too great?
We’re straying through nothing.

What rites of atonement shall we have to invent?
Must we become Gods to be worthy of it?
Is not this greatness too great to repent?
Must we become Gods to be worthy of it?

Do we not feel?

En commençant l’album, on retrouve le même genre d’intro ambiante qui nous a donné des frissons dans The Sun is Down et on sait déjà que l’ambiance si riche au groupe est restée. Le son est un excellent mélange de propreté et d’une production DIY. Si vous vous rappelez la transition entre le son du premier EP et leur long jeu, on voyait une grande amélioration au niveau de la qualité du son. C’est assurément ce qui fait que leur LP fut si bien reçu: il réussissait avec brio sa recette au niveau du son. Les chansons Dreamers et Beacons sonnent nettement mieux une fois retravaillées, mais ne tombe pas dans le cliché d’un son trop léché et c’est précisément où le groupe vient chercher tout son charme. Ici, sur Parables, on garde cette même lignée, même qu’on dirait être revenu avec un son plus brut qui n’est pas sans nous rappeler l’excellente chanson Remedy.

Les paroles de God, Too, Decompose (Parable II):

Is not the night always closing in? 
God is dead and so remains. 

The madman jumped into their midst. 
He pierced them with his eyes. 
‘Whither is our God?’ he cried. 
‘We’ve killed him – you and I.’ 

The madman, silent, looked again. 
They, silent, stared at him. 
He threw his lantern to the ground. 
It broke to pieces, flaming out. 
‘It has not reached the ears of men.’ 

Lightning and thunder require time. 
The light of stars requires time. 
Deeds, though done, still require time. 

Gods, too, decompose.

On commence les paroles avec une belle figure de style se référant directement à la première chanson, ce qui a pour effet de créer une unité de style à travers l’ensemble. Cette unité au niveau du fil grammatical est intéressante par rapport au fait qu’au niveau musical, la chanson contraste tout de même fortement avec la première. Ce beau jeu de composition nous donne l’impression d’une grande diversité emballée dans un ensemble harmonieux. En parlant des paroles, dès la première écoute, on ne peut s’empêcher de penser à God is Dead de Leatherface en entendant le périodique God is Dead crié avec passion. Au niveau musical, on est dans le plus raw que le groupe a à nous offrir. Le mélange de vocales donne une richesse immense à la chanson, et la progression qui éventuellement débouche sur un 15 secondes de défoulement, donne une profondeur et une maturité encore inégalée jusqu’à maintenant dans leur jeune répertoire.

Crusades est une richesse locale à qui il vaut la peine de s’attarder à d’absorber leur environnement anti-chrétien et pro-humain. Et puis vous devriez les surveiller quand ils reviendront à Montréal, puisqu’ils offrent toute qu’une prestation!

Bonne écoute et bonne lecture.

PM