[CHRONIQUES] Retour sur une tournée en Europe de Panic Attack

Panic Attack @ Montpellier

Vakarme aimerait vous présenter un petit compte-rendu de tournée par Frank de Panic Attack. Bonne lecture!

Panic Attack existe depuis 3 ans (si on compte le premier show comme étant la naissance d’un groupe) et a vu passer 8 membres, dont on peut dire que seulement deux d’entre eux étaient de vrais musiciens. Évidemment, je ne m’inclus pas là-dedans. Encore maintenant, j’ignore le nom des notes que je joue. Quoi qu’il en soit, nous avons fait bon nombre de belles rencontres au cours de ces trois années d’essais, d’erreurs et d’extinctions de voix. La dernière et la plus ambitieuse d’entre-elles fut facilitée par nul autre que Till, de Guérilla-tu-sais-quoi, et nous a clairement laissée un goût de revenez-y.

Ceci est un compte-rendu assez bref de mes observations (à taux de pertinence variable) lors de notre tournée en Europe, le mois dernier,  rendue possible par les formidables Pink Flamingos. Notre nouveau drummeur, Nick, a lui aussi pris des notes tout au long de l’expérience, et ce sont les siennes qui devaient servir à rédiger this very article. Mais il semble que la carte SIM de son téléphone intelligent en ait décidé autrement. Cette dernière a effectivement cru bon tenter une excursion en solo lors d’un party à St-Étienne-de-Lauzon, moins d’une semaine après notre retour, et n’a pas été revue depuis. Heureusement que j’avais un stylo han!

29 Octobre – Montréal
Notre vol part à 22h50. On a pris congé pour être certains d’être en avance, parce que Québec-Montréal à l’heure de pointe, c’est jamais simple.  Ben calisse, le trafic commence avant même d’être rendu au IKEA de Boucherville. Une chance qu’on est en avance. On passe l’aéroport pour se rendre dans la belle et anglophone Pointe-Claire, parce que se parker chez Chris de Prevenge, c’est plus économique que deux semaines de stationnement d’aéroport, tsé.  On appelle un taxi qui part du centre-ville de Montréal. Une chance qu’on est en avance. Juste assez en avance pour arriver avant le rush à l’enregistrement des bagages. OK, le stress est tombé.

30 Octobre – Paris
On se réveille facilement, puisqu’on a été pratiquement incapables de dormir pendant le vol. Aucune question à la douane et on récupère nos instruments en 10 minutes. That was easy.
Dès notre sortie de l’aéroport, on constate que le climat en France est tout aussi déprimant que chez nous à la fin octobre. Un sourire que je n’avais alors vu que sur Facebook nous accueille à van ouverte. Bertrand des Pink Flamingos nous embarque dans son Renault TRAFIC  et on s’engouffre dans le centre-ville, pour commencer par s’exercer la langue chez East Side Burgers. Grosse erreur (pas les burgers, mais tenter de se promener en van à Paris). Après une bonne heure à chercher un stationnement, on se risque sur un débarcadère et on va attendre une heure de plus dans la queue avant de finalement pouvoir goûter le phénomène. Laissez-moi vous dire que c’est le meilleur burger végétarien que j’aie jamais goûté, et j’en ai testé plusieurs!  Bien rassasiés, on part pour Le Havre.

31 Octobre – Le Havre
Après un saut au Mac Daid’s suivi d’une vraie bonne nuit de sommeil chez notre hôte, celui-ci prend le temps de nous faire visiter ce qu’il croit bon de spécifier « la capitale Française du suicide, à égalité avec Brest ».  Pourtant, quand tu regardes autre chose que les HLM en béton et les grues qui grafignent le ciel, c’est assez swell comme place.  Les t-shirts split qu’on a fait faire pour la tournée sont prêts et on les récupèrent au bureau de poste. Du joli! On check l’église super moderne qui nous fait plus penser à Star Wars qu’à Notre-Dame-de-Paris, mais ce qui retient notre attention est nul autre que le skatepark municipal, plus grand park extérieur gratuit en Europe. Tout à fait fantastique et agréablement situé au bord de la mer Manche.  Étienne se gâte une belle run de pool pendant que Nick et moi-même avons honte de n’avoir jamais développé le talent nécessaire pour en profiter. S’ensuit une pause pour envoyer des cartes postales à nos blondes, et une autre session pour Étienne, sur un street spot un peu trop évident surnommé « le cratère ». On investit le sous-sol du Mac Daid’s en début de soirée et on se prépare pour un party d’Halloween plutôt unique. Il commence avec Without Skin qui remplissent la salle de leurs amis et collègues, est suivi d’une performance des Pink Flamingos qui nous fait nous demander pourquoi ils tiennent à ce qu’on headline cette tournée, et qui se conclu avec la toujours rassembleuse Fight For Your Right.  À notre tour. On est loin de chez nous et tout le monde dans la salle le sait. Tant qu’à faire dur, aussi bien casser une corde de guitare pendant la première chanson non? Bertrand me laisse continuer le concert avec sa Stratocaster. On joue 10 chansons et le public semble intéressé du début à la fin. C’est déjà inhabituel pour nous, mais en plus il y a un mec déguisé en zombie qui danse sur la scène pendant notre set. Bon party! On vend une cassette et on a le sourire barré d’une oreille à l’autre.

Après le show, un vétéran de la scène locale, Bouboul, nous parle Leatherface, RATM et… Inside Riot.  Après une ronde de salutations on va se coucher, parce que dès le lendemain, c’est de la route à chaque jour!

1er Novembre – Brest
Encore une bonne nuit de sommeil. On load et on part vers la Bretagne, dont je connais très peu de choses en dehors des clichés qui ont traversés l’Atlantique grâce aux films d’Astérix et aux chansons de Manau. Autant dire que je n’y connais rien. On voit à l’horizon le Mont Saint-Michel, chevauché d’un énorme monastère. On découvre avec plaisir les snacks d’autoroute : Yop king-size, chocolat Lion king size, mais c’est pas mal tout ce qui est king size dans les haltes européennes. En route on est loin d’être dépaysés, car nos homologues français ont apporté des disques de Burning Love, Green Day et The Peacocks. En entrant à Brest, on comprend pourquoi la ville compétitionne avec Le Havre pour le titre de « capitale du suicide ». C’est franchement sombre, gris, Panic Attack @ Bresttriste et drabe.  La salle où on doit jouer est entourée de blocs à logements, dont la seule couleur distinguable est un drapeau de Bob Marley dans une fenêtre. On est accueillis par des skinheads et autres anarchistes fort sympathiques, et après un soundcheck qui nous rassure sur l’acoustique de la pièce, on a l’honneur d’engloutir un merveilleux festin végétarien accompagné du cola local et d’un superbe gâteau au chocolat vegan. À notre retour dans la salle, nous constatons que les masses affluent et que l’espace aérien précédemment vide est maintenant rempli de patches et de studs. La moitié des tables de merch sont occupées par des distros et des zines, l’ambiance est à la fête et c’est avec grand plaisir qu’on observe les performances de Flikker, New Fury et Pink Flamingos. On joue encore en dernier, c’est stressant au début mais les punks apprécient et demandent un rappel. C’est ainsi que notre reprise de Broccoli revient dans le set. Après le concert, plusieurs curieux nous demandent des précisions sur les événements du printemps érable. Il faut dire qu’il y a, en Bretagne, un mouvement séparatiste dont les participants s’informent de ce qui se passe au Québec. On quitte la salle et on va se pieuter dans une maison qui nous paraît très champêtre et ancienne, chez Plume de Speedball et Suna de Hoverboard.

2 Novembre – Bergerac
Le réveil, sans être brutal, arrive trop tôt. On aurait tous dormi deux heures de plus, mais le processus est facilité par le café, les chats et le disque de Terrible Feelings qui emplissent l’air matinal. Bise rapide, pluie battante, Weezer, Witch Hunt et Fucked Up dans la van; très longue route et nous voilà encore en France, mais dans un tout autre climat. Bergerac est une ville pittoresque et chaleureuse, et c’est avec joie que les manteaux cèdent la place aux t-shirts. On s’installe au Houlala Rock N Bar et on découvre le met distingué qu’est le cassoulet. On joue pas trop mal, quoique ma voix donne déjà des signes de détresse inquiétants, et ce n’est que le 3e show sur 12! Nos labelmates de Diego Pallavas nous rockent la face bien comme il faut, en leur qualité de headliners.  Après le concert, on visite rapidement les alentours, car prenez-en ma parole, Bergerac c’est rien comme le Vieux-Québec. Des ruelles étroites, des toits en tuile rouge, deux statues de Cyrano… bref, c’est pas pareil. On rejoint les Diego et leurs deux roadies, et la discussion oscille entre les conditions de tournée en France et au Québec et le jargon de Mononc Serge. On dort tous au-dessus du bar, dans une loge bien pratique mais trop froide, bruyante et enfumée à mon goût.

3 Novembre – Arcizans-Avant
Le réveil est pénible, du moins pour moi qui gèle et qui n’a pas vraiment réussi à dormir de toute façon. Heureusement que la cafetière a des munitions et qu’il reste des baguettes et du brie. Après un peu de gossage dans les très jolis environs du Houlala et un pain choco-caramel que je suis peu enclin à couvrir d’éloges, on sort de Bergerac et j’essaie de dormir dans la van. J’obtiens peu de succès dans ma quête, mais pour me garder de bonne humeur on écoute du Milloy. En route vers l’énigmatique commune nommée Arcizans-Avant, le paysage change. Entre nous et l’Espagne se dresse une fantastique chaîne de montagnes qui semble infinie. Il s’agit des Pyrénées, et le concert de ce soir se situe quelque part entre pics et vallées. Une dernière halte sur le flat avant de procéder à l’ascension nous permet de découvrir les « fameuses » Coucougnettes, dont l’emballage leur vante d’être « le meilleur bonbon de France ». À 10 euros pour 150 grammes, je décide de ne pas tester la validité de cette affirmation. L’ascension, bref, débute en beauté dans une petite ville touristique qui me rappelle quelques films dont l’action a lieu dans des villages de ski. Après, ça se corse! Rien à voir avec la Highway 87, Thetford Mines ou même Vianney; c’est de la grosse côte qu’on grimpe là! Les villages se succèdent et les Panic Attack @ Arcizansroutes deviennent de plus en plus étroites. Des virages à 270 degrés et des culs-de-sacs, des habitants très habitants qui semblent avoir peur des étranges étrangers que nous sommes et aucune adresse précise pour la salle, font que nous cherchons notre chemin pendant une heure, sans vraiment savoir si on a atteint la bonne altitude. Finalement euréka, voilà la fabled « Salle des Fêtes d’Arcizans-Avant ». Une sorte de grosse salle communautaire, à flanc de montagne, entourée de fermettes et de chalets suisses (pas vraiment suisses). Très honnêtement, il s’agit du paysage le plus époustouflant qu’il m’ait été donné de voir, encore plus pour le lieu d’un festival punk! La salle est entourée de vans énormes dans lesquelles des weirdos sympathiques semblent vivre à temps plein, comme des gitans, mais avec des patches des Dead Kennedys. On aperçoit des moutons dans les montagnes avoisinantes, des poules sur le terrain d’à côté et des hippies qui semblent sortir de nulle part. Les seuls bruits sont émis par des cloches à vaches (accrochées à des vaches, pas sur un drumkit), un chien qui court après tous les véhicules qui passent sur la route, et le groupe Koun Koun qui fait un soundcheck à l’intérieur. On fait notre check, on mange un bon curry, puis on a le plaisir de découvrir The Obsoletes, qui font un power pop superbe, pas très loin des Replacements, et très surprenant pour l’endroit! Les Pink Flamingos nous précèdent encore une fois et Bertrand commence sérieusement à manquer de voix. Je redoute qu’il m’arrive la même chose, mais miraculeusement, on réussit à passer tout notre setlist, incluant un rappel. Heureux et soulagés, on descend de la grosse scène et on retourne à l’émerveillement que nous apportent les environs de la salle. J’achète le livre « American Hardcore » pour la route, d’un mec avec un hoodie Straight Edge qui offre des zines à prix libre. Koun Koun jouent pendant 3h. Leur lineup inclut un batteur, un guitariste, trois bassistes et un chanteur/rappeur qui joue aussi des synthés, beat boxes et percussions. Le pire c’est que c’est bon. Difficile à cerner, mais très intéressant. L’ambiance est entre un show de Grimskunk et un rave. On rencontre des Polonais qui trippent pas sur le fait qu’on vend juste des vinyles pis des cassettes, mais qui semblent avoir trippé sur notre set. Très tard on monte dormir dans la salle débarras qui nous sert de loge, et qu’on partage avec une souris.


4 Novembre – Toulouse

On se réveille au son des punks encore bien wasted qui ont passé la nuit dans la salle avec leurs chiens. Ces derniers (les chiens) sont plus qu’heureux de jouer dehors avec nous. Ça nous occupe pendant deux bonnes heures avant qu’on rembarque et qu’on dévale les routes étroites jusqu’au pied des Pyrénées. Prochaine étape : Toulouse. Problème : il pleut toute la journée et, comme c’est dimanche, on peut même pas visiter les disquaires! On se bourre la face dans un resto cheap qui trippe un peu trop sur les USA, on découvre ensuite toutes les merveilles du bar L’Autan. Un corridor plus squeezé que le Scanner, décoré d’un style semblable aux Foufs, mélangé avec une brocante. La scène est en fait l’entrée des toilettes, et les toilettes sont en fait un simple trou dans le sol. Qu’à cela ne tienne, on s’installe, et l’étroitesse de l’endroit fait en sorte qu’on entend bien l’ensemble. Retrouvailles avec Romain de Charly Fiasco, que j’ai eu le plaisir de booker il y a… 3 ans? Le show attire une quinzaine de curieux, ce qui est amplement suffisant pour remplir l’endroit. Certains des habitués du bar oscillent entre comiques et désagréables tout au long de la soirée, mais l’un d’entre eux (qui insiste pour nous parler en anglais, très mal) donne à Étienne son hoodie de Gorilla Biscuits. Juste parce qu’il le trouve cool. On englouti une pizza de chez Domino’s, et je rencontre enfin Pablo du formidable groupe Chestnut Road. Une belle Panic Attack @ Toulousediscussion qui pourrait mener à de belles collaborations dont je tairai les détails pour l’instant. On quitte assez tôt pour envisager une bonne nuit de sommeil, qui se concrétise dans le très comfortable appart de Didier Cortez.

5 Novembre – Montpellier
Voilà enfin la journée parfaite en tournée. Celle où il fait beau et chaud, et où on a le temps de faire notre lavage et visiter un peu avant le prochain concert! Les Pink Flamingos proposent qu’on passe par une piscine publique, puisqu’ils ont comme tradition de prendre une photo en maillot de bain lors de chacune de leurs tournées. On est en France et on a du temps libre, pourquoi pas! On se dirige donc vers Colomiers, 10 minutes à l’est de Toulouse, et après un détour pour acheter des maillots moulants et des casques de bains, on prend une bonne heure pour se saucer. On part à 15h, et il nous reste encore assez de temps pour s’arrêter à Sète pour admirer le coucher de soleil sur la mer Méditerranée. En chemin on aperçoit la ville fortifiée de Carcassonne, et Till, qui est enfin rentré du Fest, nous donne un coup de fil pour prendre des nouvelles de la tournée. On finit par entrer à Montpellier, par des boulevards un peu ghetto pour commencer, qui me rappellent plus le New Jersey que l’Europe en général, puis le centre-ville corrige cette impression avec son lot de rues piétonnes et de virages compliqués. Ah bon, le bar où on joue ce soir est encore plus étroit que L’Autan! L’Up & Down est en fait un corridor, qui mène à un escalier, qui mène à une passerelle, qui donne sur un sous-sol dont on touche presque aux deux murs en s’étirant les bras. Peu importe, le boss est très accueillant, le show est gratuit et on a très hâte de voir à l’oeuvre les mecs de Water Mane. Tout un party. Ils ne jouent que 5 chansons, parce qu’ils ont un guitariste remplaçant pour l’occasion (qui a d’ailleurs déjà étudié… à Sherbrooke!), mais l’ambiance est géniale! Les Pink Flamingos jouent très bien, d’abord devant peu de monde (il faut dire qu’il fait encore beau dehors), mais ça se remplit de nouveau vers la fin de leur set. Étienne et moi-même les rejoignons pour chanter Fight For Your Right avec eux. Notre set se passe plutôt bien ensuite, et tout le monde semble enthousiaste jusqu’à la fin. Plus tard, je dors chez Théo des Water Mane avec Étienne et Bertrand, pendant que les autres sont à un party.

6 Novembre – Besançon
On se lève en pestant contre le chat qui a cru bon pisser autour de nous, mais au moins on est reposés. Retour à l’Up & Down pour retrouver les autres et le gear. J’en profite pour dénicher une belle grosse paire de crêpes au chocolat tout à fait succulentes, et on évite de justesse un ticket de 35 euros pour stationnement illégal. Un band est sensé se parker où, quand toute la ville est réservée aux piétons? On part avec une heure de retard pour Besançon et 7 cd de Water Mane pour le Québec.  Bon, on arrive un peu tard, mais c’est la faute du service d’urbanisme de Besançon avec son labyrinthe de travaux et de sens interdits. On entre au Maquis, un bar voûté en demi-sous-sol qui semble fréquenté par des fans de reggae et quatre italiens (ou portugais, on en sait trop rien), qui parlent très forts et semblent se trouver très intéressants. La lonely barmaid a la double tâche de les endurer et de nous accueillir. On reçoit un excellent repas, livré du resto d’en face, et on s’installe avec un pressentiment de soirée peu achalandée.  Les gars de Mighty Worm Asso nous confirment que la foule risque d’être frileuse. Malgré tout, le concert se déroule bien et les curieux se font polis et attentifs. Après coup, la quasi-totalité des gens présents, dont la barmaid et des nouveaux-venus, se joignent à la troupe qui se rend chez Ben, le promoteur, pour une ‘teuf plutôt longue et enfumée, mais qui s’avère amusante. On découvre sur vinyle le groupe Jack & the Bearded Fishermen, on chante des classiques de Mononc’ Serge et s’ensuit un concert de ukulélé ayant pour thème les kebabs.

7 Novembre – Koblenz (Allemagne)
On se réveille chez Ben avec une bonne nouvelle : Romney n’a pas été élu! Tout le monde pousse un soupir de soulagement, je me permet une douche et un kebab pour déjeuner, puis on décrisse en Allemagne. Toilettes payantes dans les haltes routières, circulation dense, postes de radio incompréhensibles… On entre à Koblenz vers les 19h. La ville est très belle, alliant des bâtiments historiques et des commerces tout neufs. Les propriétaires du bar où on joue (Apparat) nous accueillent avec un grand sourire, de la viande et de la bière. Tous sont des punk rockeurs depuis toujours et ils sont très fiers d’accueillir la plupart des bands qui tournent dans la région. On voit d’ailleurs The Hunters dans la liste des shows à venir! On joue assez tôt, devant beaucoup de monde dont on a de la difficulté à discerner la réaction, mais après le concert, on réalise que la plupart ont apprécié. Les deux groupes vendent une quantité record de merch, certains nouveaux fans trippent à nous parler en français et quelques-uns demandent des autographes. Un punk nous dit qu’on ressemble à Screeching Weasel. Après de multiples récidives de la part de nos hôtes à nous offrir de l’alcool (d’ailleurs personne ne comprend pourquoi je ne bois pas), nous prenons une marche en direction de notre logis pour la nuit. Il s’agit en fait d’une sorte de maison des jeunes à trois étages, contenant un bar (avec scène et punching bag), une cuisine (avec lave-vaisselle et poudre de lait au chocolat!), et un grand salon avec divans multiples et piano.  Simon, un des trois proprios de l’Apparat, nous accompagne et se charge même du déjeuner le lendemain: des dizaines de saucisses à la moutarde blanche avec du jus d’orange, des œufs et des toasts à profusion.

8 Novembre – Wiesbaden (Allemagne)
Une fois debout et bien gavés, on se dirige chez Simon pour squatter sa douche et son immense collection de disques. Je trouve des LP de Corrupted Morals et de Madness lors d’un saut chez un disquaire voisin de l’Apparat, puis on remballe et on quitte la formidable Koblenz. Bonheur: on a seulement une heure de route à faire!  Bien qu’on arrive tôt à Wiesbaden (vers 18h), il commence déjà à faire noir. Une petite marche en groupe me rappelle qu’en Europe, même les petites villes ont l’air de métropoles comparées aux nôtres.  On revient à la salle, un grand tunnel nommé Sabot, avec un backstage aux allures de bunker.  Ben de Hectic Society Records nous accueille et nous nourrit (on commence à s’y habituer, le retour à la maison va être pénible!) puis on s’installe à un bout du tunnel.  Avant le début du concert, je tente de réchauffer mes poumons avec un petit jogging dans les rues du voisinage, ce qui me mène à me perdre et à chercher la salle pendant ce qui me paraît être une demi-heure!  Heureusement j’y arrive juste à temps pour le set des Pink Flamingos. Le concert se déroule très bien, compte tenu de l’état de nos cordes vocales. On reçoit de bons commentaires, malgré que la plupart des gens présents soient restés accoudés au bar à l’autre bout du tunnel. S’ensuit une soirée bien relax chez Ben, dans l’appart le plus moderne qu’on ait vu de toute la tournée. Bonne douche, accès au net, grands matelas et film de skate!  Ben étire l’hospitalité au point de se joindre à nous le lendemain matin pour un tour de la campagne avoisinante en quête de Currywurst. C’est avec un enthousiasme habituellement réservé à la poutine que l’on gobe ces délices locaux dans un casse-croute de type « roulotte ».

9 Novembre – La Louvière (Belgique)
Après quelques bonnes prises dans la distro de Ben (majoritairement du Kiss Of Death, Whiskey Trench inclus) on quitte finalement Wiesbaden en direction de la Belgique.  J’anticipe des découvertes fabuleuses dans les domaines du chocolat, des frites et des BD, mais suis rapidement ramené à la réalité: on a pas le temps pour ça. Il s’agit du seul concert à 4 groupes dans toute la tournée, et je viens à peine de réaliser qu’on joue avec River Jumpers, un quatuor anglais dont le batteur a déjà dormi chez moi avec son ancien groupe, The Fallthrough, avec qui on avait joué un show mémorable. Le concert est gratuit et les conditions semblent favorables à une bonne soirée. En arrivant à la Taverne du Théatre, le feeling général est mitigé. La scène est grande, le kit de son est gigantesque, le bar est très beau, mais la populace locale nous semble très peu concernée par l’événement. Une playlist de rock alternatif fin 90 et des machines à sous donnent le ton à l’ambiance, et le barman a l’air d’un total moron.  Entre le soundman, dont le look oscille entre douchebag et gay, les toilettes payantes et la toune de Mission Impossible 2 par Limp Bizkit, on déprime de plus en plus. On nous montre une salle de réunion qui sera notre dortoir (sans toilette fonctionnelle, et on ne pourra pas sortir du bar pendant la nuit), puis vient la pizza: fromage seulement. La touche finale arrive avec le premier groupe, Pignition, qui nous offre un rock alternatif-festif-neo-metal laissant peu de place au bon goût. Les Pink Flamingos sont les suivants. Ai-je mentionné que le show est gratuit? Pourtant, la plupart des gens choisissent de rester dehors à la pluie avec leur verre.  Certains entrent pour notre set, et on se fait un plaisir de spécifier qu’on est du Québec et non de l’Italie, comme le suggère le flyer du show. La piètre condition de ma voix fait en sorte qu’on doit raccourcir notre prestation. Bref, ça va mal. River Jumpers arrivent en trombe, s’installent sur le backline des Flamingos sans vraiment demander et jouent très rapidement. Pas mon genre de musique, mais je dois dire qu’ils donnent une bonne performance. L’ambiance ne s’améliore pas après le concert et la musique du bar est plus forte que celle du show, au point où on n’arrive pas à dormir avant 3 a.m, sans chauffage, ni wi-fi, ni toilettes.

10 Novembre – Amiens
Après avoir englouti des cafés et des clock-a-soup, on a tous très hâte de décrisser. On a surement pas vu le bon coin de la Belgique. À la halte routière, c’est aussi moche. Les gens sont laids et la bouffe est chère. On rentre en France, direction Amiens. On apprend que le show de Paris risque d’être annulé, à moins d’un miracle. Peu importe, je n’aurai plus de voix rendu à Paris. Comme la route est plutôt courte, on prend le temps d’observer l’architecture des vieux bâtiments au centre d’Amiens et de visiter la cathédrale. C’est majestueux, même si ça me répugne de penser à la façon dont les églises sont financées depuis le Moyen-Âge.  Ensuite, Kevin de No Name For Asso nous rejoint dans un pub et on se dirige vers le minuscule Sombrero Café. Difficile à croire que trois groupes pourront s’installer et jouer dans un si petit endroit, mais on est prêts à tout depuis Montpellier! Un festin de baguettes, de terrines et de fromages nous fait patienter alors qu’on attend le groupe local, astucieusement nommé Rien À Foutre. Comme un des membres sera en retard, Pink Flamingos commencent le concert devant une foule très jeune et enthousiaste. J’achève ma voix en crachant tout ce qui me reste pour notre set, puis les Pink Flamingos nous rejoignent pour « Fight For Your Right ».  Le turbulent trio Rien À Foutre termine finalement le show avec une performance très énergique qui s’étire pour répondre à la demande de tous leurs amis présents. Le party est pogné comme il faut et se poursuit dans le dépanneur tabac du père à Kevin, avec victuailles, beer pong et discussions sur la scène Montréalaise et le Pouzza Fest.  On a entre temps reçu la confirmation que le show de Paris était annulé, mais peu importe, ce party termine très bien la tournée.

11 Novembre – Paris
Réveil pénible à Amiens, et je n’ai plus de voix.  Laissés sans ordre du jour par l’annulation du 12e concert, on se rend à Paris tout de même pour passer la journée avec Till, prendre le temps de visiter un peu et peut-être se coucher tôt. Retrouvailles émouvantes, retour sur la tournée mais aussi sur The Fest et l’ouragan Sandy. On dit au revoir à Gillou et Julien des PF, qui prennent un lift pour Le Havre, puis on part à la recherche de fromages pour faire de la poutine en soirée, puisque j’ai pris soin d’apporter 4 sachets de sauce St-Hubert! On prend une bonne heure ou deux dans un bar avec des copains de Till et Hélène, avant de retourner chez eux et assembler la dite poutine.  Se coucher tôt? On a jasé jusqu’à 2 a.m.

12 Novembre – Montréal
Se lever à 4h était une mauvaise idée, on aurait simplement dû ne pas se coucher. Qu’à cela ne tienne, nous voilà de retour dans le camion avec Bertrand, en direction de l’aéroport Charles-de-Gaulle. Le trafic est très dense à 5h du matin, et on trippe pas tellement à l’idée de retourner à notre routine! Les adieux sont émouvants, mais on fera en sorte de revoir tous nos nouveaux amis. Bertrand repart pour Le Havre, on s’engouffre dans l’avion et on tente tant bien que mal de dormir. Touchdown à Montréal, il fait plus beau et plus chaud qu’à Paris!  Québec nous attend, pas l’temps d’niaiser.  Home is where the heart is, et cette pause au Tim Hortons à St-Hyacinthe nous a réconforté comme jamais auparavant!

Voilà, je pense que Panic Attack est un vrai band maintenant. Prochaine étape : on retourne en studio pour au moins 6 chansons, et on reçoit les Pink Flamingos pour une tournée au Québec.

Merci et à bientôt.