[CRITIQUES] Machinegun Suzie – Black Paper Horse (2012)

Machinegun Suzie - Black Paper Horse (2012)

Rock, papier, débauche!

Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’une nouvelle formation entièrement féminine fort talentueuse sévissait dans l’hémisphère des musiques lourdes. Et ce, en provenance de la ville de Québec. Enfin! Une marée d’eau pétillante dans une mer trop souvent polluée de machisme. Elles sont quatre. Elles sont jeunes. Elles opèrent sous le sympathique nom de  Machinegun Suzie. Mais par dessus tout, elles rockent. Et puissamment à part ça. Fondé en 2010, le groupe lance un véritable premier album de façon totalement indépendante donnant suite à un démo plutôt anecdotique. Black Paper Horse renoue avec le mouvement riot grrrl via la déchéance abrasive du stoner-rock.

Si le spectre des L7, Babes In Toyland et Hole (pré Courtney Love se la joue diva!) hante aisément l’album, ce son sexy se voit ici amplifié en pesanteur. Les guitares incisives mènent le bal du début à la fin, supporté par une rythmique précise habilement affûtée. Le noyau d’influence situé majoritairement dans la décennie 90 côtoie une production féroce bien actuelle. L’enregistrement fort approprié signé Jocelyn Gagné (Les Breastfeeders), mixé impeccablement par Raphaël Malenfant, octroi au disque une énergie viscérale. L’atmosphère générale qui s’y dégage se veut parfois sulfureuse, juste assez sombre pour hypnotiser quiconque désire s’y laisser prendre. Le même sentiment que lorsque que l’on écoute le célèbre Loveless de My Bloody Valentine, riffs massifs en prime.

4 Headed Suzie ouvre les hostilités en force, créant une dynamique proche des divins Black Sabbath. Il suffit seulement de remplacer grand-papa Ozzy par l’ensorcelante Yvonne Eric. Cette voix toujours bien dosée fait preuve d’une maturité consternante. L’entêtante pièce titre, avec son riff légèrement doomy, peut rappeler le savoureux trio Royal Thunder alors que No Bad Time flirte avec le Spiral Shadow de Kylesa. Certains morceaux plus up-tempo (Slow On The Gait et Liberty Deficit) proposent une facette punk rock agréable que ne renierait certainement pas Bikini Kill. Revendications féministes en moins, car Machinegun Suzie prêche plutôt par l’action : faire du tapage à grand renfort de rock sauvage. Elles réussissent cette tâche en y injectant des mélodies contagieuses qui sillonnent adroitement le déluge de décibels.

Le band signe ici un remarquable effort, concis, d’une efficacité exemplaire. Bien que cette première incursion soit réussie, on sent encore que le quatuor se cherche un peu par moment. Les influences ne sont peut-être pas encore complètement digérées mais le potentiel est flagrant. On peut sentir la passion transmise à travers ces onze brûlots ravageurs, ce qui fait toute la différence. Reste à espérer que Black Paper Horse engendrera une nouvelle vague de combos féminins. Juste pour montrer aux hommes comment faire du rock!

Oli