[CRITIQUES] Asile – Kichesippi Toxique – Rust And Machine Records (2012)

Asile - Kichesippi Toxique - Rust And Machine Records (2012)

Crust ‘n’ Roll

Difficile de ne pas être intrigué par Asile. Un groupe punk qui s’exprime en français qui vient de la région d’Ottawa / Gatineau? Pensez-y juste un moment. Un groupe Franco-Ontarien. Si cette simple idiosyncracie ne vous donne pas envie de découvrir ce que le groupe nous propose comme palette de bruits et quels genre de propos ils tiennent, peut-être que la pochette complètement disjonctée rouge et noire (notre agencement de couleurs préférées) et signée par Adam, du groupe Contagium en provenance d’Halifax, fera le travail? Sérieux, regardez-là comme il faut. C’est du grand art digne de Pushead!

Il n’est jamais question de juger un album par sa couverture, mais dans ce cas précis, le côté visuel de ce monstre vient appuyer les thèmes de l’album et ne peut pas être dissocié de son contenu.  On y voit une dépiction de l’empreinte du cancer humain sur ses rivières avec ses déversements de déchets toxiques dans ses eaux. C’est précisément de ceci dont l’album tire son nom: Kichesippi Toxique. Kichesippi étant le vrai nom donné à la rivière des Outaouais par les Algonquins, qui fut rebaptisée par les colons européens. La rivière est aujourd’hui polluée par les fuites de déchets nucléaires & industriels. Les terres ancestrales des Algonquins de jadis on été assimilées, exploitées, violées et détruites par la colonisation et l’industrialisation de celles-ci. Asile vient donc patauger dans nos plaies nationales et nous remet le nez dans les pages les plus sombres de l’histoire de notre continent.

Suite à une intro dissonante, mais énergétique, qui vient ouvrir le bal et annoncer le ton, le groupe vient nous marteller avec le puissant d-beat de la pièce Assimilation: ‘LA RÉPRESSION SYSTÈMATISÉ  / UNE POPULATION STANDARDISÉE / LA PUISSANCE DES MASSES; CELLE QUI ÉCRASE / UN PEUPLE EN PRISE / CULTURE EN CRISE / À TRAVERS LE MONDE, LE POUVOIR INNONDE / LES MODES DE VIE ANNÉANTIS / ASSIMILATION‘. En prenant en compte des thème de colonialisation européenne des premières nations, mais aussi en mettant en contexte le fait que ce groupe francophone provient de l’Ontario, on voit qu’Asile nous dépeint, via ces paroles, une réalité qu’on tente de nous faire oublier à tout prix. Si les raisons pourquoi le punk demeure une forme de résistance et une force de changement sont parfois oubliées, les gars d’Asile, eux, ne l’ont jamais oublié.

Le groupe ne donne pas dans la subtilité ni dans la poésie au niveau de la plume, mais il vient tout de même aborder des thèmes comme l’euthanasie et le suicide (Choisir De Mourir), la manipulation et la désinformation médiatique (Illusions), la répression et la brutalité policière au service de l’État et non du peuple (Système Violent), ainsi que l’invasion de la vie privée et le profilage systémique de la population (Surveillance). Avec l’assaut sonore soutenu que le groupe propose, il aurait été quelque peu saugrenu qu’on aie droit à des paroles subtiles. La musique du quatuor franco-ontarien pourrait être facilement identifiée comme étant influencée par la scène hardcore scandinave (on pense à Anti-Cimex et Avskum), mais aussi par des groupes européens comme Doom et Discharge. Il ne serait pas ridicule d’affirmer que le groupe visite parfois l’église de Mötörhead, car il possède des teintes purement rock ‘n’ roll typiquement Lemmythéistes. Imaginez une version francophone d’Inepsy sur le speed avec un vocal moins rauque et ça devrait bien décrire le son d’Asile.

Si le groupe ne ralentit que très rarement la cadence, on a quand même droit à des moments forts quand le groupe met le d-beat de coté et nous laisse un bref répit. La pièce Illusions est un bon exemple de ce que le groupe peut accomplir quand il réduit un peu le tempo. Car, en effet, le seul  »reproche » que je trouve à faire à Kichesippi Toxique, c’est que lors des premières écoutes, on a un peu l’impression de s’essoufler à force d’être assujetti à un matraquage intensif et ininterrompu. Si une plus grande variété d’arrangements aurait pu être bénéfique, il n’en demeure pas moins qu’un coup l’album bien mastiqué et digéré, on y revient encore et encore. Une attention particulière devrait être accordée à la pièce Somnambule, qui vient clore l’album sur un high monumental, avec un vocal plus minimaliste et des solos de guitares à tout casser. L’album bénéficie également d’une excellente production avec une portée dynamique impresionnante qui nous permets de mettre le volume au max, sans avoir à se tracasser avec un surplus de distortion désagréable.

Asile est un groupe qui mérite qu’on lui accorde de l’importance, et il ne serait pas surprenant de les voir faire des (grosses) vagues. Surveillez la parution prochaine de leur démo en version 7 » sur Chaos Rurale.

JF