[CRITIQUES] Loma Prieta / Raein – Split – Deathwish Inc. (2013)

Loma Prieta / Raein – Split – Deathwish Inc. (2013)

Lorsque deux groupes que tu adores s’unissent pour faire un split, les attentes sont très élevées. Ils m’avaient agréablement surpris avec leurs dernières sorties respectives, soit IV pour Loma Prieta, et  Sulla linea d’orizzonte tra questa mia vita e quella di tutti pour Raein. Deux groupes auxquels j’accorde le plus grand respect, qui roulent leur bosse depuis des années tout en ayant une éthique de travail remarquable. Ils ont partagé la route le temps d’une tournée en Australie, et ont remis ça tout récemment le temps de quelques jours aux États-Unis. En ce qui concerne le vinyle, la polarité du split est vraiment captivante, puisque d’un côté Loma nous balance 4 titres dignes d’un vrai cataclysme, alors que Raien propose une sonorité avec grâce et quiétude.

Loma Prieta poursuivent dans la voie qu’ils avaient entreprise avec IV. On sent toutefois qu’on pousse encore un peu plus loin dans la direction d’un noise-chaos dérangé. Les 4 titres couvrent à peine 5 minutes, dont deux chansons qui n’atteignent même pas les 50 secondes. Lorsque Immemorial et Poverty Map s’enchainent, on croirait entendre des b-sides de IV, en version un peu plus déconstruite. Par contre, les deux autres titres sont beaucoup plus surprenants. Un élément encore plus disjoncté et intransigeant parcourt la sonorité de Loma Prieta. Des changements de rythmes incongrus parsemés d’explosions inattendues qui fracassent les tympans. L’élément disjoncté est encore pire sur Spray Paint, du haut de ses 33 secondes de confusions auditives. Évidemment, on est loin de l’influence screamo de Dark Mountain que plusieurs rêvent toujours de retrouver, mais pour ceux qui aiment la dissonance auditive que Loma maitrise à merveille depuis Life-Less, ça devrait le faire.

De l’autre côté, tu t’apprêtes à entrer dans un tout autre univers musical. Raein t’accueille avec un riff de guitare très catchy surplombé par des gang vocals époumonés bien feeling qui caractérisent si bien le groupe. Une genre de chorale screamo italienne.  Contrairement à Loma, les gars se sont définitivement assagis avec le temps. Ils ont pris un chemin plus ambiant, réservé et mélodique, voire même post-rock par moment, sans enlever à la qualité des pièces et à l’énergie que le groupe a toujours possédée. Love And Death confirme que le groupe italien est définitivement à l’aise dans leur changement. Probablement un des meilleurs titres qu’ils ont sortis depuis des années. Le mixte entre les passages post-rock, qui sont ajoutés à l’élément émotionnel que Raein a toujours bien enchainé, nous donne droit à un petit chef-d’œuvre de 4 minutes. C’est tant mieux pour nous, puisque ce titre est d’une richesse sonore littéralement incroyable.

On a donc ici deux groupes qui passent d’un extrême à l’autre. Tandis que Loma Prieta s’engage sur la route de la défonce tel un TGV sans frein, Raein nous offre un bon moment de quiétude digne des grands. Un split qui repousse les limites  des deux groupes, et qui s’impose déjà comme un des vinyles 7 pouces monumentaux de l’année.