[CHRONIQUES] Cinq albums que j’emmènerais dans ma tombe avec JF

Cinq Albums Que J'Emmènerais Dans Ma Tombe

Après une semaine de congé pour fêter le lancement de notre magazine papier, on est de retour en force avec les choix très controversés de JF, rédacteur ici chez Vakarme, guitariste pour nos très chéris Black Love et vendeur de rêves chez l’Oeil du Tigre. Y’a aussi déjà été dans les groupes Tightrope et Le Kraken, mais ça,c’est du passé. Aujourd’hui, il n’a plus de furets pis au ‘yable les cheveux bouclés, on a un JF qui, malgré sa métamorphose, mélange ses choix entre pionniers et groupes modernes. Toujours à l’affut des dernières sorties en matière de méchanceté internationale, on est content de voir un album datant de 2011 dans cette liste tout à fait unpolitically correct.

Vic Chesnutt - North Star Desester

Vic Chesnutt – North Star Deserter (2007)

Vic est un être humain qui me fascine plus que tout et sa musique m’ensorcelle. Sa mort en 2009 m’avait ébranlé, de par la tragédie de la chose. On avait ici un artiste incroyable, dans la fleur de l’âge et au sommet de son art. Un artiste paraplégique, orphelin et avec des problèmes de santé incurables, dont un mauvais cocktail de médicaments qui aura fini par l’envoyer au lit afin qu’il ne se relève plus jamais. Tout ça le jour de Noël. Pendant ce temps-là, y’avait le drummer d’Avenged Sevenfold qui s’éteignait pour cause d’excès de rockstar, le tout dans une grande fanfare et un battage de publicité qui venait contraster avec la tragédie silencieuse de Vic. Si le début de carrière de Mr. Chesnutt n’est pas négligeable, c’est avec North Star Deserter qu’une collaboration épique entre Vic, Guy Piccioto de Fugazi et des membres de Godspeed You! Black Emperor débutait. Elle se prolongera sur At The Cut (qui mérite tout autant sa place dans mon cercueil au côté de ma dépouille en pleine décomposition) et aurait pu se poursuivre et donner plusieurs excellents fruits, si ce n’était du départ prématuré de ce grand homme. Les arrangements musicaux sont savoureux et denses, tandis que la voix de Vic est tellement chaude, réconfortante et porteuse d’une charge émotive foncièrement brutale. De plus, le message implicite de Vic est l’inspiration d’une vie; c’est celui de l’aboutissement de nos passions les plus profondes et ce, même quand la vie te donne les pires cartes. R.I.P.

Corrupted – Garten Der Unbewusstheit

Corrupted – Garten Der Unbewusstheit (2011)

Corrupted, c’est ni plus ni moins le nec plus ultra en matière de musique dépravée, mais c’est aussi un groupe franchement intriguant. Un groupe japonais qui s’exprime en espagnol, vous dites? Déjà là, y’a de quoi relever un sourcil, mais l’approche singulière du groupe en matière de relations de presse laisse pantois. Aucune entrevue accordée, aucunes photos officielles, bref, en aucun cas les individus au sein du groupe ne prendront le dessus sur l’art et le message. Faut dire que Corrupted appartient à une catégorie bien à part dans la musique extrême: je n’hésiterais pas à les mettre dans la même catégorie sacrée que Fugazi, ou encore Godspeed You! Black Emperor. À ce titre, ils sont les porte-étendards du doom dans ce cercle bien particulier. Bien que j’affectionne la totalité de l’œuvre du groupe, quelque chose de spécial émane de cet album, paru en 2011. Mon opinion ne fera pas l’unanimité, mais vous choisirez ben d’emmener l’album de Corrupted que vous voulez dans votre tombe! Ma tombe, mes règles, mes albums. Je pense que Garten est l’album le plus aboutit de Corrupted, mais aussi leur plus accessible. El Mundo Frio est sans doute leur coup de maître, mais les émotions qui m’envahissent quand j’écoute Gekkou No Daichi ne mentent pas.

His Hero Is Gone – Fifteen Counts To Arson

His Hero Is Gone – Fifteen Counts To Arson (1997)

« Deathreat c’est meilleur ». « Monuments To Thieves est meilleur que celui-là ». « Tu devrais mettre Vengeance de Tragedy à la place ». Bla bla bla. Vos boîtes. Fifteen Counts To Arson, je m’excuse, mais cet album a tout simplement changé ma vie et ma perception du punk. Faut dire que quand tu penses que le punk rock EpiFat des 90’s c’est subversif, agressif et legit comme contre-culture, et que là tu découvres l’existence de HHIG, tu te grattes un peu la tête. Surtout quand que t’as genre 17ans pis que tu penses que les jackets de cuir de Rancid, c’est ça du crust. Y’a vraiment fallu que j’aille un monologue interne intensif avant d’en venir à mettre cet album-là dans cette liste, mais c’est tellement une pierre angulaire de mon évolution musicale que le contraire aurait tout simplement été absurde. La production studio est parfaite et bien équilibrée, ce qui nous permet de bien réaliser et de bien profiter des talents musicaux des individus qui composaient le groupe. À en juger de par le nombre de rip-offs de second grade que ces titans on réussit à engendrer, personne peut s’obstiner sur l’impact qu’ils ont eu.

Radiohead Box Set

Radiohead – Le Box Set (2007) (parce que fuck you!!!)

Oh que oui, je viens juste de faire ça. Le summum de l’arrogance: impossible de décider quel album de Radiohead j’emmènerais, alors je les emporte tous? Logique. Surtout si ça rentre toute dans une belle boîte écrit RADIOHEAD dessus. J’ai toujours eu une relation bien particulière avec Radiohead. Je ne pourrais pas dire que je crie mon amour pour eux sur les toits, mais c’est parce que je suis quelqu’un de plutôt discret dans la vie. Y’a la toune « Idioteque », qui me rappellera toujours une chambre mauve sur la rue St-André, y’a le super-album Zeros And Ones (du début à la fin s’il vous plaît), y’a You, sur Pablo Honey, qui est pas mal le summum en la matière de frissons, et je pourrais m’éterniser encore. Radiohead, c’est un peu le genre de musique que tu mets quand tu veux que le monde décrisse de ton party pour que tu commences à faire du ménage: c’est pas vraiment quelque chose qui se partage en groupe (à moins que tes amis et toi soyez pas mal fuckés). C’est trop intime comme musique et ça commande ton implication absolue pour en jouir au maximum. Ok, peut-être pas absolue. Ça se prête très bien à des séances de frenchage avec une fille cute (mais les filles peuvent aussi frencher des gars cutes sur du Radiohead, je ne pense pas que ce soit un problème, loin de là. C’est même encouragé!). Pour en finir, Thom Yorke, ce n’est pas un humain. Ses textes sont trop sublimes, sa voix est trop parfaite, ses traits androgynes sont surement ceux d’un ange et son intelligence semble impénétrable, comme un extra-terrestre qui envoie des casse-têtes aux humains pour voir s’ils sont dignes d’accéder au palier évolutif supérieur.

Neil Young and Crazy Horse – Sleep With Angels

Neil Young and Crazy Horse – Sleep With Angels (1994)

Neil Young, c’est mon héros. Bien que j’adore ce qu’il fait en solo, ses collaborations avec Crazy Horse sont toujours quelque chose de spécial. Si l’album Rust Never Sleeps avec le doublé de Hey Hey, My My vient particulièrement me chercher, je me dois d’arrêter mon choix sur Sleep With Angels pour la simple et bonne raison que c’est l’album avec Change Your Mind/Blue Eden. Une vingtaine de minutes de pur extase, qui marche aussi bien sur la route que dans une chambre à coucher. Si je pouvais bâtir ma maison dans cette chanson-là, je le ferais. On se demande comment ils ont fait pour tracker la guitare en studio tellement c’est du feu. Mis à part ce moment de pur bonheur, l’album regorge de moments forts comme Drive-by, ou encore Safeway Cart, malgré quelques petites inégalités comme la pièce Piece Of Crap, qu’on finit par pardonner vue la force du reste du matériel. Est-ce qu’un album définitif de NY&CH existe? Je ne pourrais pas le dire. Il n’en demeure pas moins que Sleep With Angels fût la première fois que le statut de héros absolu de Neil Young s’est concrétisé dans mon cœur, et ça a été le début d’une longue et belle relation.

Mentions honorables :
Progagandhi – Today’s Empire, Tomorrow’s Ashes (Mes coachs de vie!)
Godspeed you! Black Emperor – Slow Riot For New Zero Kanada (Un condensé de tout ce qui rend GY!BE exceptionnel)
Deathreat – Consider It War (Impossible de juste l’écouter une fois)
Jawbreaker – 24 Hour Revenge Therapy (Euh, wow?)
Fall Of Efrafa – Elil (Mon album préféré d’un de mes groupes préférés)

Mentions plus qu’honorables à Fugazi, sans leur musique et leur éthique, je serais probablement quelqu’un de bien différent aujourd’hui. Contrairement à Radiohead, Fugazi n’a jamais sorti de box set… C’était donc impossible pour moi de contourner les règles. Ou de décider d’un album définitif. Fugazi EST le groupe définitif.