[CRITIQUES] Full Of Hell – Rudiments Of Mutilation – A389 Recordings (2013)

L’enfer, c’est les autres

Full Of Hell - Rudiments Of Mutilation - A389 Recordings (2013)

Il y a vraiment quelque chose de dérangeant ces derniers temps dans l’obsession abusive du revival. Rassurez-vous, loin de moi l’idée de blâmer la nouvelle génération qui découvre les vertus thérapeutiques de Joy Division, Dinosaur Jr., The Wipers ou encore Discharge. C’est plutôt encourageant dans un sens. Mais là ou le bât blesse, c’est lorsque les influences viennent éclipser un désir prononcé pour la créativité. Vous savez, le goût de l’aventure, du nouveau. Prenez par exemple le remake au cinéma. Et bien, il y a tellement eu surabondance depuis les dix dernières années que c’est devenu un genre en soi. On entretient la facilité, on encourage le superficiel au profit du capital. Sauf que pour un remake, plusieurs films originaux où l’art est mis à l’avant plan poussent tels une fleur à travers l’asphalte. Pour dix nouveaux venus qui ne jurent que part Dance Tonight, Revolution Tomorrow, un contribue dans l’ombre à marquer une nouvelle page d’histoire. Full Of Hell dans tout ça? Ils sont assez encrés dans la réalité pour éviter les pièges de la première catégorie et possèdent l’audace nécessaire associée à la seconde.

Déjà avec leur premier album Roots Of Earth Are Consuming My Home ainsi qu’une poignée de EPs, le quatuor du Maryland s’imposait comme une force en puissance. Rudiments Of Mutilation vient véritablement sonner l’heure juste. On dit souvent que le climat politique et social d’une époque précise miroite à travers l’art. En 2013, tout va mal et FOH l’ont compris. L’album reflète, d’un naturel sans équivoque, un monde en chute libre. L’atterrissage est brutal, tel est le sordide sort que se réserve l’humanité. Tout ça où comment la rencontre de deux grands esprits, à savoir Infest et Merzbow, enfantent leur succession. C’est-à-dire le mal à perpétuité. On assiste donc à l’art de dissimuler des formes de bruit d’une dimension parallèle à l’intérieur d’un barrage de violence abjecte. Je vous vois venir. Man Is The Bastard? The Endless Blockade? Non, le band nous amènent plus loin, voir complètement ailleurs.

Dichotomy destabilise dès le départ. Cris de mort sur plancher noisy auquel s’ajoute une batterie improvisée. S’en suit une course folle. Et puis vlan! Embrace. La meilleure tentative d’usurpation de Swans depuis Evolved As One et The Curse de Napalm Death en 1988. Non seulement ils osent venir défier la troupe de Michael Gira, mais ils réussissent également à installer un malaise profond qui croît sur la pièce The Lord Is My Light. Toucher mortel, baiser de la méduse. S’en suit une autre course folle. Lorsque In Contempt Of Life se termine, nous sommes que poussière. C’est la fin de tout, que des ruines à perte de vue.

Ce qui surprend le plus ici, c’est la maturité colossale que dégage ces jeunes individus. Après Black Flag, Integrity, Converge et Cursed on peut désormais ajouter Full Of Hell. À une époque où l’être humain (?) ne s’arrête plus pour vivre, 24 minutes sont amplement suffisantes pour faire dérailler le système. Comme le futur constitue une notion incertaine, on peut dire que Rudiments Of Mutilation est un album bien de son temps, le présent.

Oli