[CRITIQUES] My Bloody Valentine – MBV (2013)

My Bloody Valentine - MBV (2013)

Shields Democracy

Il aura fallu 21 longues années à l’influente formation Irlandaise pour pondre une suite au crucial Loveless. De quoi élever son leader Kevin Shields au statut d’Axl Rose de la musique indie. Même si bien de l’eau à coulé sous les ponts, il faut bien admettre que les enregistrements de l’époque n’ont pris aucune ride, même que plusieurs nouveaux venus s’abreuvent de ces sonorités intemporelles. En seulement deux albums complets et une panoplie d’EPs, le groupe à créé un imposant raz-de-marée sur la scène alternative mondiale. Certains croient ouvertement que si Loveless ne s’était pas pointé deux mois après un certain Nevermind, c’est My Bloody Valentine qui aurait changer la donne. Vous me permettrez ici d’en douter formellement. Trêve de spéculation, si les concerts de 2008 ont contribué à mettre la table pour l’éventuel retour studio, la bande s’est plutôt fait avare par la suite. Des informations quelques peu vagues au sujet du dit album furent distribuées au compte goutte seulement pour titiller les fans déjà exaspéré. On a fait mention d’une création inachevée des années 90’s que la formation voulait mener à terme. À force de toujours être plongé dans le néant, on s’étouffe.

Et puis Boom! Le 2 février 2013 au soir, la nouvelle tombe (avec au préalable une subtile mise en bouche) comme la foudre en plein orage. Tout le monde est sous le choc, excité et confus à la fois. En fait, on ne l’attendait tellement plus que lorsque c’est débarqué, on n’était même pas prêt! C’est devenu la folie furieuse sur l’espace web, la horde voulant enfin écouter l’offrande tant désirée. Dès la première audition de ce précieux que l’on a téléchargé légalement ou non, c’est l’extase. Puis, on veut bien évidemment répéter l’expérience sans tarder. C’est alors que j’ai pu dans mon for intérieur déjà me faire une opinion initiale. Le plus drôle le lendemain, c’est de constater qu’à peine 24h après l’événement, les reviews commençaient à s’accumuler à un rythme proche du blast beat. J’ai même entendue l’élite bien pensante pseudo branchée et de surcroît, bourgeoise, reconnaître dans certaines pièces des éclats de dubstep. Un instant! On se calme l’hipstérite aiguë ici. Tu ne peux pas te permettre de juger si rapidement un album qui a accouché après plus de vingt ans de fécondations (contrairement à Guns ‘N’ Roses). La preuve, ces imbécillités dignes de la zombification qu’engendrent sans cesse les médias sociaux. Après maintes écoutes j’en ai tiré toujours les mêmes conclusions. C’est alors que j’ai décidé de faire comme le groupe : prendre une pause. J’y suis revenu frais et dispo avec encore les mêmes résultats.

J’ai toujours pensé qu’un album idéal de My Bloody Valentine fusionnerait la qualité des compostions d’Isn’t Anything et le son si enveloppant de l’album à la pochette rosée. Simple fantasme de mélomane insatiable. Sur MBV, j’ai l’impression d’avoir affaire à des chutes de studios de 1991. Comme si le temps ne s’était jamais arrêté pour eux. J’aime prendre l’exemple de Portishead. Après un long hiatus et une large contribution à l’architecture du mouvement trip-hop, la formation revint complètement réinventée avec leur meilleur album, Third. C’est ce qui me déçoit le plus ici, le manque d’innovation. Car on peut dire que la troupe a réellement créée une mini révolution jadis. J’aurais donc aimé être davantage surpris plutôt que de me faire jouer le coup de la sécurité. Trop d’attentes? Peut-être bien. C’est d’ailleurs probablement la facette obsessionnelle-compulsive de Shields qui vient cacher une spontanéité ici manquante. On retrouve donc cette musique vaporeuse qui dégage toujours un mysticisme captivant. Le son analogique si chaud demeure intacte et plutôt charmant. Les voix en alternances de Shields et Bilinda Butcher, toujours bien posées, restent délicates et envoûtantes à la fois. Les arrangements subtils, superposés, contribuent largement à la richesse du son. Il faut bien l’admettre, Kevin Shields maîtrise à merveille l’art de travailler par couches, faisant assurément l’envie de bien des peintres en bâtiment! La séquence des plages vient un peu chambouler le rythme. Les pièces plus ambiantes ouvrent l’album pour laisser place à celles plus énergiques à la fin. Un ordre plus varié aurait davantage apporté un dynamisme, une homogénéité à l’oeuvre. Mais il faut pas se leurrer, l’opus renferment quelques petites bombes comme l’hypnotique In Another Way, la poignante Only Tomorrow ou encore la claustrophobique conclusion, Wonder 2.

Si on ne retrouve jamais la vigueur et l’authenticité qui ont solidifiées la réputation du groupe, MBV confirme tout de même l’inébranlable place au sommet de la bête en matière de musique rêveuse. On peut donc apprécier l’ensemble pour ce qu’il est sans toutefois crier au génie. C’est un peu comme un vieux couple qui renouvellent ses voeux de mariage après plusieurs années : agréable mais pas nécessaire.

Oli