[CRITIQUES] Uncle Acid and the Deadbeats – Mind Control – Rise Above Records (2013)

Uncle Acid and the Deadbeats - Mind Control - Rise Above (2013)

Sexe, Drogue et Pommes Empoisonnées

C’est ce soir la grande fête annuelle des membres de la Church Of Satan. Les convives se rejoignent à la Black House pour y retrouver le fondateur et maître de cérémonie, Anton LaVey. Pour cette occasion spéciale, on a pris le soin d’inviter un nouveau groupe dans le but d’accompagner musicalement tout ce beau monde. Le quatuor à l’intriguant nom Uncle Acid and The Deadbeats en profite pour lancer un troisième opus gravé pour le bien-être de tous. La formation prévoit donc jouer les neuf chapitres en ordre chronologique, et ce, sans aucune retenue. Vos pensées sont désormais sous l’emprise ténébreuse de l’oncle acide.

Déjà, devant la maison, on peut apercevoir Jim Jones comateux entre deux buissons. Il faut mentionner qu’il a été, au préalable, gracieusement intoxiqué au vicodin. Derrière la porte d’entrée, un couloir mène au salon et, de là, on peut voir le groupe, installé sur une mezzanine à l’étage. Sans trop tarder, pendant que les gens continuent d’affluer, l’entité anglaise entame avec lourdeur Mt. Abraxas. Par le fait même, Mati Klarwein en profite pour exhiber une toile titrée  Annunciation, datant de 1961, qui servira d’ornement à la pochette du second Santana. Quelques bols bien remplis de champignons à forte teneur en psilocybine sont disposés sur une grande table dans le salon. Ces amuse-gueules sont une gratification d’un Terrence McKenna, très serein. Pendant Mind Crawler, installé dans la cuisine, le grand Alejandro Jodorowsky offre une séance de tirage au tarot à quelques membres illuminés de la Source Family. Leur penchant démoniaque, la Manson Family, s’amusent tant qu’à eux assis autour d’une planche de Ouija. Il y a décidément de la magie (noire) dans l’air. Spécialement pour Poison Apple, une légère collation est proposée à qui le veut bien. Des pommes soigneusement trempées dans une nouvelle recette acidique d’Owsley Stanley. Tient donc, Alice Cooper en civil, c’est-à-dire Vincent Fournier, passe presque incognito sous un air dangereusement sobre. Ça sonne à la porte. Quelle surprise! Salvador Dali et Vincent Price exécutent une entrée distinguée munis d’un gallon d’absinthe. L’enivrante Desert Ceremony s’ouvre devant les acolytes Fonda et Hopper. Deux rescapés de retour d’un éprouvant voyage où la confusion à bien faillie avoir raison d’eux. Dès les premiers instants d’Evil Love, Ozzy Osbourne, Barbara Steele et John Lennon franchissent la porte d’une chambre au deuxième. Ils en ressortiront quelques heures plus tard avec un secret. Ce que l’on sait, c’est que le fruit de ces ébats langoureux sera immortalisé sur un certain Born Again.

C’est maintenant le temps pour les Deadbeats de faire une courte pause. C’est alors que retentissent à vive allure les déformations sonores de 13th Floor Elevator, Lord Sutch, The Red Crayola, Black Widow, Funkadelic et The Crazy World of Arthur Brown. Dressé à l’improviste à l’intérieur d’une sombre pièce, Mario Bava, épaulé par son comparse Lucio Fulci, projettent quelques expérimentations horrifiantes de leur cru. Les musiciens reprennent leur poste, après de bonnes bouffées d’air embrouillé, devant l’immense portrait intimement éclairé d’Aleister Crowley. Death Valley Blues résonne de plein fouet alors que Jimmy Page, en sérieuse discussion avec Kenneth Anger, se voit fébrile à l’idée d’écrire la musique du prochain film de ce dernier, Lucifer Rising. Bien confortable sur un sofa, Michel Foucault raconte ses déboires avec le LSD lors d’un visionnement de Zabriskie Point à un Timothy Leary attentif, mais moqueur. La troupe enchaîne sous le signe du voyage astral avec Follow The Leader. Juché sur le toit, le vénérable Ravi Shankar performe sous le regard hypnotique des étoiles, légèrement obstrué par la face cachée de la lune. De leur côté, Paul Kantner et Grace Slick retracent certains souvenirs du passé avec Ken Kesey, tout en élaborant au sujet du projet présent, la bombe Blows Against The Empire. Lors de Valley Of The Dolls, Mia Farrow rejoint Sharon Tate dans la salle de bain avec Syd Barrett, plutôt engourdi et en fuite de l’institut psychiatrique. Toute la bande  jouent tant bien que mal à recréer la mythique scène de douche de Psycho. Jean Rollin, de passage pour ses vacances, capte le tout sur pellicule. À travers toute cette débauche, un jeune Bobby Liebling curieux, plonge tête première dans la beauté du vice et de l’innocence. Sly Stone, sourire fendu jusqu’aux oreilles, fait tout briller sur son chemin de ses yeux grands fermés.

Le temps est maintenant venu de passer au niveau supérieur, c’est l’heure de la pièce de résistance. Un son de cloche inquiétant annonce la grande finale. Dali, agenouillé et en transe, peint sa folie déjantée sur le corps dénudé d’Olivera Vuco devant l’escalier menant au grenier. Que renferme celui-ci? Si vous avez regardé le film de Ti West, The House Of The Devil, bien c’est Mother qui s’y trouve. Il ne faut surtout pas la déranger. Les autres se dirigent vers la cave en vibrant aux rythmes de la plus qu’appropriée Devil’s Work. En s’y rendant, une porte entre-ouverte révèle un Charles Manson inconscient couché entre deux chèvres, flacon de xanax à la main. On referme immédiatement! Plutôt timide et avare de commentaires au cours de la soirée, Judee Sill mène le peleton le regard possédé, seins nus et démarche relâchée. C’est l’ultime rendez-vous pour la cérémonie ritualistique portant la marque du sacrifice humain reposant dans la sensualité d’une orgie sanguinaire. Un buffet érotique où les forces obscures sont célébrées sous l’abandon de fée psychotrope. Dès l’aube, on ressent les échos lointains du 666 d’Aphrodite’s Child s’engageant tel un brouillard céleste vers notre conscience égarée. On en sort complètement abasourdi, le coeur léger, la tête lourde. Le plus important maintenant, c’est que nous avons un nouveau groupe préféré.

À une époque où les maîtres Black Sabbath s’obstinent à poursuivre, abandonnant âme et passion pour des aspirations pécuniaires, Uncle Acid débarque en sauveur. C’est le retour d’une notion largement dissipée avec le temps : le groupe culte. L’aura mystérieuse ainsi qu’une esthétique hors norme, qui défie le temps, complètent à merveille des compositions s’inscrivant dans la continuité du meilleur des années 60’s et 70’s. Je mentionnais il n’y a pas si longtemps que le précédent effort, Bloodlust, détenait le titre de mon album préféré des dix dernières années. Tout ça, jusqu’à la sortie du prochain prodige. C’est maintenant chose faite.

Oli