[CRITIQUES] Beastmilk – Climax – Svart / Magic Bullet (2013)

Beastmilk - Climax - Svart / Magic Bullet (2013)

Sueurs Froides

Un nom à la portée peu crédible qui peut provoquer une légère nausée, une pochette pas très attrayante à la limite du risible. Pourtant, j’attendais ce premier album des finlandais autant que l’abolition de l’État, ou un nouveau film de David Lynch. C’est que, voyez-vous, leur précédent EP Use Your Deluge avait causé chez moi une irréparable commotion. Il faut dire que Beastmilk appartient au côté obscur des forces ténébreuses. Et je dois vous rappeler que j’adore la noirceur. Je me sens mieux lorsque l’automne arrive et que l’hiver s’installe. Je vois souvent le soleil comme un agresseur potentiel. Oui, c’est encré dans mon ADN et on ne peut rien y changer. Peut-être bien même que je suis un rejeton abandonné de la famille Adams. Qui sait? À l’écoute de Climax j’ai l’impression que la bête s’évade de la trop vaste tanière de clones dilués de Joy Division, Bauhaus, Siouxsie and the Banshees ou encore Christian Death. J’éprouve le sentiment d’avoir enfin trouvé la fameuse aiguille dans la botte de foin.

Death Reflects Us s’impose en sonnant l’heure juste, c’est-à-dire peu après minuit. Si cette bombe explose dans vos oreilles, la suite vous pulvérisera lentement des pieds à la tête. L’ensorcelante Ghosts Out Of Focus évoque un aide-mémoire, à savoir que la vie est fragile, que la nuit éternelle flirte constamment avec nous. Si Love In A Cold World débute sous des faux airs Cure-esque, elle mute rapidement en ode massive à la froideur sidérante. En fait, chaque morceau est une manifestation du lugubre, une célébration sensuelle de la morbidité. Cette expression d’une pureté mélancolique suggère l’impression d’une version moderne, un brin plus dure des géniaux The Sound. La voix étincelante de Kvohst évoque à la fois la tourmente du regretté Adrian Borland et le charisme chamanique d’un Andrew Eldritch en pleine possession de ses moyens. Kurt Ballou a enfilé son plus beau costume de Nosferatu venant ainsi donner tout le mordant nécessaire à ces dix monuments funéraires. Fear Of Mind et Surf The Apocalypse nous renvoient à l’époque où Glen Danzig fabriquait des hymnes à raviver les cadavres, l’instant d’une suave danse macabre.

L’hiver nucléaire fait son entrée, c’est le retour de l’ère glaciaire. Un épais brouillard de cendre menace tendrement la nature déjà figée. Désormais, la froid viscéral vous réchauffe, infiltrant vos veines meurtries. Quand le vent ne cesse de vous gifler violemment, vous lui répliquez avec votre plus beau sourire. La faucheuse vous offre une date avec elle. Pensez-y bien car on ne sait jamais. Si la mort s’avérait être l’amour de votre vie? Cet amour impossible qui se matérialise enfin dans un univers dantesque. Climax constitue le plus beau cauchemar jamais fait.

Oli