[CHRONIQUES] Cinq albums que j’emmènerais dans ma tombe avec Marc Euvrie

Cinq Albums Que J'Emmènerais Dans Ma Tombe

Cette semaine nous recevons Marc Euvrie, un être très impliqué dans la scène punk française par l’intermédiaire de groupes comme Mort Mort Mort (Aussitôt Mort), Sugartown Cabaret, Karysun et The Eye Of Time. Connaissant son background musical, ce top 5 est tout simplement une belle surprise avec des choix que nous n’aurions pas pu imaginer, et c’est ce qui fait toute la beauté de la chose. C’est très bien écrit et très intéressant, comme les français savent le faire. Gardez l’œil ouvert pour notre deuxième zine papier, parce qu’il comprendra une entrevue captivante avec lui à propos de ses projets et de la scène musicale punk française.

Ceci est un top 5 des albums que j’ai le plus écoutés, qui m’ont le plus marqués et influencés. Ces mini-chroniques ont été écrites en temps réel pendant l’écoute d’un morceau issu de l’album, noté en italique.

Rage Against The Machine – Evil Empire

Rage Against The Machine – Evil Empire (1996)

Vietnow

Bon alors, c’est LA grosse influence, à tous les niveaux. Je suis adolescent, et quand je découvre ça, c’est un bouleversement total dans ma vie. Au niveau politique, au niveau musical, le mélange des genres, la basse/batterie, et c’est précisément à cette époque là que j’ai commencé la guitare électrique. Mes premiers groupes, premières scènes, avec des reprises complètes de RATM. C’était juste mortel. Je ne serais jamais là où j’en suis aujourd’hui sans ce groupe, c’est clair et net. Je connaissais les paroles par cœur, ça m’a ouvert les yeux sur plein de trucs. Cet album, parce que niveau son, ça tranche, c’est sec, c’est plus du rock, c’est du hip-hop hyper vénère. Tom Morello a repoussé les limites d’une guitare. Je pourrais en parler des heures. Fear is your only god, bordel.

Third Eye Foundation – Little Lost Soul

Third Eye Foundation – Little Lost Soul (2000)

What is with you

La première fois que j’ai écouté ça, j’étais dans la bagnole d’un pote, il avait mis la cassette que je suis précisément en train d’écouter. Il me l’a filée, après coup. C’était en 2000, je lui avais demandé d’arrêter, ça me foutait mal à l’aise, tellement c’était sombre et glauque. Puis il me l’a filée, genre, vraiment tu dois écouter ça. Et finalement, j’ai écouté cet album un nombre incalculable de fois, il m’a suivi quand j’étais étudiant en Musicologie à Rennes, avec mon premier amour, on vivait ensemble, et c’était la fin du lycée, un départ vers le monde adulte, j’étais complètement paumé. Je me vois dans le métro, écoutant ça en boucle pour aller à la fac, me demandant ce que je foutais là, que c’était pas ma vie. Finalement, j’ai tout arrêté, la femme avec qui je vivais, la fac, pour faire ce que je voulais vraiment faire. Je tiens à prévenir qu’il faut être préparé à écouter ce genre de truc, et que c’est l’album le plus accessible. C’est ce qui m’a donné envie de me mettre à la MAO et de finalement monter mon projet solo, THE EYE OF TIME.

Sigur Rós - ( )

Sigur Rós – ( ) (2002)

Untitled #1

L’album que j’ai plus écouté. Un millier de fois, je pense. Un chef d’œuvre de l’humanité. Un truc que tout le monde devrait écouter. Il est impossible pour moi d’expliquer en quelques lignes ce que ça représente pour moi. C’est une déflagration, plus efficace que n’importe quel groupe de crust. L’album il te choppe, t’emmène au-dessus, loin, tel un Dieu, capable de remonter dans le temps, dans l’espace et les émotions humaines, afin de faire le point sur soi, les autres, l’humanité, la nature. C’est marrant parce que, je suis tombé sur ce truc, quelques temps après mes remises en question sur Rennes, où j’écoutais THIRD EYE FOUNDATION. J’écoutais la radio, et ce morceau passait. Je me suis arrêté en pleine activité, comme figé, puis j’ai écouté jusqu’au bout. Ce truc m’a pris direct. Un coup de foudre, ce sera le groupe de toute ma vie. J’ai eu des passions avec ça dans mes oreilles, j’ai vécu des supers trucs grâce à cet album, qui est toujours en fond, toujours dans mon mp3. Il me sauve, me guide, me fait avancer. S’il n’y en a qu’un, c’est celui là, sans réflexion.

At The Drive-In – Relationship Of Command

At The Drive-In – Relationship Of Command (2000)

Cosmonaut

BOUM. L’énergie, la jeunesse, grosse leçon à tout le monde. Les mecs ils voulaient dire un truc, sans concession, ils te l’envoyaient dans la gueule, et c’est quand même violent et beau à la fois. C’est là que j’ai découvert l’emo/rock, et que j’ai commencé à me détacher du métal, et comme ça que je suis arrivé dans la scène DIY en fait. Je matais un journal sur la musique indé chez mes vieux, et je tombe sur un live de ce groupe. J’ai rien compris, c’était ouf de voir ça. Je me suis dis, je comprends rien, mais je dois louper un truc c’est pas possible. Je sentais qu’il se passait un truc et que j’étais pas encore prêt de le comprendre. Et quelques années, plus tard, ben j’ai monté SUGARTOWN CABARET, mon premier groupe, avec qui on tourne toujours. C’était la référence pour nous tous.

Portishead – Third

Portishead – Third (2008)

Machine Gun

Je connaissais Portishead bien avant cet album, mais un peu, comme la plupart des gens, par-ci par-là. Je trouvais ça chouette sans jamais vraiment accrocher comme un dingue. Puis je tombe sur une chronique de cet album dans un zine français de punk-hardcore, Sédition. C’était une chronique très longue, très élogieuse, qui m’a donné envie d’y jeter une oreille. Et je remercie profondément l’auteur, car après plusieurs écoutes, je me suis dis que c’était là un chef d’œuvre absolu. Comment aurais-je pu passer à côté de ça? À une époque où des albums qui sortent se comptent par milliers, je tombe dessus dans un magazine punk-hardcore. Par hasard, car j’avoue que j’écoute rarement des albums après une chronique. Bref, Third c’est une bombe de dépression, de noirceur. La preuve par A+B qu’il n’y a point besoin d’arrangements à la pelle pour faire un album riche et varié. Il est parfait du début à la fin, c’est un monument. Le son est totalement maîtrisé, l’émotion est palpable tout le long. Minimaliste. Sombre.