[CHRONIQUES] Retour sur la tournée japonnaise de Milanku

Milanku au Japon

Les premières 56 heures.

Un maigre sandwich à 14$ à l’aéroport aura permis d’apaiser la nervosité du 13 heures de vol vers Tokyo (Narrita). Nos amis Yuseke (Archaique Smile) et Saito (roadie, ex Archaique Smile) nous attendaient patiemment avec un beau sourire, à la sortie des douanes. La pureté japonaise. Accolades de nos faces graisseuses, le cœur qui bat d’une drôle de façon, nous chargeons nos bagages dans la van qui allait nous bercer pendant les deux semaines de tour. Après un trajet de plus de 22 heures, quelqu’un savait-il que l’aéroport était à environ 3 heures de Tokyo?

Milanku

On roule sur une autoroute surréaliste entourée de murs bétonnés, tel un tunnel pour bolides volants. Les pancartes sont uniquement en japonais. Les voitures s’alignent les unes après les autres. Il fait pas loin de 50ºC, mais on est dedans en sale. Parfait pour décrocher d’la job. Parfait pour changer d’air. «Pouvez-vous ouvrir la fenêtre un peu svp?» La fenêtre côté conducteur s’ouvre de 2 cm. Nice. La fenêtre se referme sans même qu’on l’ait vue, qu’on ait eu un peu d’air. Osti. Pas grave, on va surement arriver bientôt.

Arrivée chez Kimi, l’homme derrière Tokyo Jupiter Records. On va rejoindre les gars d’Archaique Smile au restaurant. Il est presque 22h. On s’assoit par terre, en prenant soin d’enlever nos souliers (j’ai déjà jeté une paire de bas depuis notre départ, j’espère que ceux-là seront ok). Gen, Hisashi, Yuseke et sa copine Ayumi, Kimi et Poison. On relaxe enfin. Kimi commande plein de plats différents et on mange tous ensemble, à la japonaise. Kimi nous donne le plan de la tournée, l’horaire détaillé de chaque journée. Quelques bières bien fraîches. On rentre dormir chez Kimi, sur les petits tapis de bambous (tatamis), avec les fenêtres en papier de riz. Comme dans les films. On ne fait pas du yoga, on dort à terre.

Milanku

Pas besoin de réveil matin. Pu capable de dormir. Y’é quelle heure? Voulez-vous des cafés? Hubert va chercher des cafés à 5 AM. Quatre (4) cafés « Black Boss » (the boss of’em all) acheté dans une des innombrables machines distributrices de boissons de toutes sortes (eau sucrée, thés, cafés chauds ou froid, etc.) Y’en a à tous les 100 mètres.

On commence officiellement la tournée à 11H am. On joue notre premier show ce soir à Tokyo. Une salle de spectacle annexée à un record store, un genre de bar et un autre magasin méconnu. Le tout sur 5-6 étages. Les shows au Japon sont extrêmement bien organisés. Tout le monde est à l’heure. Toujours au moins deux techs de son. Ils tapent même tes fils par terre. D’la bouffe pour les bands. Il faut arriver vers 12h-13h à la salle. On déload le stock et on attend une heure ou deux, sans trop savoir quoi. On fait le soundcheck vers 15h (30 min). On écrit nos tounes sur une feuille spécialement conçue et on y inscrit la durée, les effets de lumières, etc. «Heille, elle dure combien de temps donc Sournoisement?» «Bahh, marque 9min 25, on ne doit pas être loin».  Le voyage pour se rendre au Japon commence à rentrer dedans. Il est 16h, il fait presque nuit. On a une heure à attendre.

Milanku

L’ouverture du show se fait vers les 17h. Il faut se rendre dans la salle de spectacle avec les 5 autres bands avec qui on joue ce soir-là. Tous les gens réunis en cercle, Yuseke prend la parole. Tout le monde écoute silencieusement et sereinement les vœux de succès et de bon déroulement de la soirée, de bonne tournée. Des mots de bienvenue qui viennent du fond du cœur. On est émus. Les gens sont gentils, accueillants. C’est touchant, même si le tout se déroule en Japonais. L’essence y est, le spirit.

Ça y est, c’est notre tour, on est nerveux. «Heille, donne-moi une dernière shot de wiskey sucré svp!» On start le show de façon docile, on fait la toune de 9min25, Sournoisement. Le monde embarque. C’est hot, ils dansent sur place en bougeant de gauche à droite. Le show se déroule assez bien. Ça passe vite 35 minutes.

Après chaque concert, on se réunit avec les bands, les techs de sons, le booker pour le «Kampai». Kampai, c’est la façon de dire «cheers». De façon générale, les japonais ne boivent pas beaucoup. Surtout pas avant de jouer. Ils boivent au «Kampai»,  le moment où les bands se rencontrent, boivent des bières, prennent des photos, et font des «kampai». Pi des jokes sur Eddie Murphy avec ceux qui ont plus de difficultés à parler anglais. Axel Foley. Billy Rosewood. Ça peut facilement durer 2-3 heures.

Ce soir on part pour Osaka. On dort dans la van en roulant. «T’as-tu mangé depuis cette après-midi toi? Pas grave, prends une p’tite serviette humide pi passe toé la dans face, ça aide.» «À moins que tu veules une shot d’eau sucrée? J’me suis encore trompé d’bouteille avec l’eau normale osti.»

Milanku

On load le gear, on embarque à 8 dans la van pis on part pour un 9 heures. Les autres nous suivent dans la van qui a l’air climatisée, a.k.a. «La van de luxe». Il fait toujours 50ºC. Personne dans le band n’est ben ben fort en mécanique, mais «je suis capable de te dire que le moteur y’é direct en dessous de mes pieds man. Criss, ça brûle quand t’enlève tes souliers».

On somnole ici et là. En ouvrant un œil, à un moment donné, on a un nouvel ami avec nous. «On est-tu vraiment 4 sur un banc de 3 pour les 5 heures qui restent? Oui.». C’est le booker du show de demain. Il fait toujours 50ºC, même à 3H du matin.

À Osaka, il faut faire attention parce que c’est le royaume de la mafia et des dangereux. Y’a des lumières partout, même dans le jour. Ça fesse quand t’as pas presque pas dormi depuis 36 heures. On rentre à quelque part, on prend l’ascenseur pour 5-6 étages et on va manger au restaurant tout le monde ensemble. Les gars d’Archaique Smile dorment sur les bancs. On a fini de manger depuis une bonne heure. «On attend quoi? Je ne sais pas trop. Ah oui, il faut se rendre à la salle de show pour 13h.». Il est 11h am.

Milanku

Ce soir, c’est une salle de spectacle ou les bands jouent en plein milieu, dans un espace plus bas que le reste de la salle. Y’a des amplis tout le tour, c’est nice. On fait donc notre deuxième show à Osaka dans cette salle assez pleine. Ça sonne en sale et les bands sont bons. Ça réveille un peu. C’est maintenant l’heure du «kampai». «Heille Chamber, té tu aussi décâlissé que moé ? Ouais.» C’est correct, ça fait 56 heures qu’on ne dort pas.

Kyoto, Fukushima, Yokohama, Kanagawa et le reste de la tournée

Pendant les shows, c’est le silence dans la salle. Sauf entre les tounes, les gens applaudissent. Le public écoute attentivement et te regarde jouer. Dans le métro c’est le silence, et dans la rue aussi. Si tu te demandes c’est qui les plus louds dans la place, ben c’est toi.

On aura fait huit shows pendant les 13 jours passés au Japon. Au Japon, du moins en ce qui regarde les endroits où on a joué, on peut laisser le gear sans surveillance dans les salles et backstage. Ton sac, il va être au même endroit que celui où tu l’as laissé.

Milanku

Des salles qui ressemblent à la Salla Rossa, des salles dans le fond d’une ruelle éclairée de néon rose, rouge, mauve et bleu, aux salles plus petites que l’Esco, chaque show apportait et stimulait l’envie de rejouer encore et encore. Encore plus fort aussi. À travers la profondeur de Fukushima, la beauté de Kyoto et le chaos organisé de Tokyo, la musique aura été le tissu avec lequel Milanku aura été transporté et protégé dans l’univers de Tokyo Jupiter.

Que ce soit les temples de Kyoto, les ruelles mythiques de Tokyo ou les «very famous record store» de la place, nos hôtes et amis Japonais aurons permis à Milanku, de partager et d’entrevoir, pendant un bref instant, l’impénétrable complexité de l’univers Japonais.

La feuille de route qui nous a été donnée la première soirée aura été respectée à la lettre, et à la minute près. Sauf peut-être pour la dernière nuit, où on était supposé dormir au restaurant…. À 4h AM, après avoir enfilé quelques bières et quelques nouilles, nous enfilions notre pyjama bleu, dormions dans un lit-casier au «business hotel» et nous y fermions les yeux pour la dernière fois, pour un dernier 4h de sommeil.

Milanku

Merci de cet accueil sans faille, digne des plus grands de ce monde, sans prétention. Merci pour tous les sacrifices à préparer cette tournée depuis plus d’un an. Merci pour l’honnêteté, la gentillesse, la bonté et l’humanité. Vous nous aurez fait vivre certains des plus beaux moments de nos vies.

Milanku

Pour terminer, voici le teaser d’une série de plusieurs vidéos de la tournée de Milanku au Japon qui apparaitront semaine après semaine via Vakarme. Les vidéos seront regroupés dans un seul et même article pour vous permettre de vous faire vivre ce que les gars de Milanku ont pu vivre durant leur tournée. Vous en saurez davantage très bientôt, restez à l’affût!