[CRITIQUES] Dead Neanderthals – …And It Ended Badly – Gaffer Records / Raw Tonk Records (2013)

Dead Neanderthals - ...And It Ended Badly - Gaffer Records / Raw Tonk Records (2013)

Sax Appeal Madness

Pour leur troisième assaut cette année, le duo se livrant toujours un duel sans merci, ajoute un peu de piquant. Colin Webster est l’heureux élu des néerlandais pour un trip à trois fantasmagorique. La batterie gargantuesque de Rene Aquarius se voit donc coincée entre deux saxophones baritone forts dominants. De quoi dévoiler davantage de chaos à travers une libido incontrôlable. Ici, jazz libre rime avec amour libre.

Le long titre, découpé en six morceaux, constitue une épopée épique digne de Braveheart. On s’entend tout de même pour dire qu’il s’agit d’une version disons, plus épicée du long métrage. Les trois protagonistes, dans un ébat sanglant, utilisent leur instrument non seulement comme arme, mais aussi comme jouet sexuel. La bataille percutante cache souvent un amour féroce dont chacun veut sa part. Prenez par exemple Weapons drawn, blood spilled. Otto Kokke s’amuse tendrement avec Webster à « quand je te parle, réponds-moi », « non, c’est moi qui parle, écoute donc », « bien moi je te coupe ». Tout ça se termine par « je t’aimes, moi non plus » alors qu’Aquarius tranche par une incarnation  de Mick Harris à son plus dangereux. Dans l’excitation, le trio s’offre quelques montées aventureuses. Le moment lourdingue qui s’empare de la dernière partie de Both sides fought bravely nous écrase sauvagement sans préavis. Pour la finale And in tears…of course, les saxophonistes font littéralement pleurer leur précieux objet sur fond de marche funèbre saccadée. Pas surprenant qu’à la fin de ce périple orgiaque, tout le monde vienne en même temps, y compris l’auditeur.

Les délires Zorniens (Naked City en tête) des premiers efforts laissent désormais place à la classe des maîtres. C’est à l’école des génies Ayler, Coleman, Dolphy et Cherry que Dead Neanderthals s’inscrit. C’est dans un métissage alliant la fluidité de ces monuments aux prouesses extrêmes des contemporains (Ken Vandermark quelqu’un?) que l’équilibre se crée. L’énergie à la fois délectable et déjantée, se retrouve propulsée dans un tourbillon maîtrisé, mais tordu. …And it ended badly complémente parfaitement l’énorme Polaris parue  plus tôt cette année chez Utech ( aka un des meilleurs label au monde) et n’a absolument rien à envier au jouissif catalogue de ESP-Disk (aka un des meilleurs label au monde, part 2).

Le plus intéressant dans cette forme musicale, est l’absence de barrière, l’abandon absolu. C’est d’ailleurs dans l’inexistence de règles que réside la véritable force de l’art. Lui en imposer, c’est le dépourvoir de sens, vouloir sa perte. Pas étonnant de retrouver une influence marquée du jazz dans certains cercles « punk ». En fait, on y retrouve la même soif de rébellion, l’urgence de libération. Dead Neanderthals l’ont bien compris.

Oli