[CRITIQUES] The Estranged – Homonyme – Dirtnap Records / Sabotage Records (2014)

The Estranged - Homonyme - Dirtnap Records / Sabotage Records (2014)

(365) Days Of Fall

L’amour peut s’avérer être le sentiment le plus merveilleux qui soit et, lorsque tout s’éteint, le pire. Aucune place pour une zone grise là-dedans, c’est tout beau ou tout catastrophique. C’est puissant. Personnellement, je dois avouer qu’en la matière, quand dame chance est passée, j’étais probablement absent. Peut-être bien que cupidon manque tout simplement de visou rendu à mon cas? J’en tire même la conclusion qu’une malédiction quelconque plane constamment au dessus de moi, qu’on m’a jeté un sort vaudou par erreur. Il faut dire que je n’aide pas réellement ma cause malgré moi, en étant différent. Je suis vegan, je ne bois pas d’alcool, ne touche pas à la drogue, j’adore regarder des films suédois sous-titrés en noir et blanc, je n’ai pas de permis de conduire et encore moins de cellulaire, j’adhère aux principes d’autogestion et à l’esprit de communauté, je préconise un monde sans argent, c’est de la musique qui coule dans mes veines et j’adore l’hiver. Je peux déjà apercevoir la gent féminine partir à toute vitesse, croyant avoir vu Alien, le huitième passager en chair et en os! Après maintes déceptions, succession de faux espoirs, la désillusion l’emporte. J’ai formellement décidé de lancer la serviette, d’abandonner. Tanné de perdre mon temps, de me faire souffrir comme un martyr. Dommage, car ça compte énormément pour moi. Peut-être trop? C’est un carburant et, lorsque tu manque d’essence, tu stagne.

Le sentiment amoureux me manque tout de même comme ça se peut pas. Qui, d’ailleurs ne veut pas tomber en amour? C’est impossible. Ça te rattrape continuellement, te ronge jusqu’au sang. Oui, je m’ennui des papillons dans le ventre, du battement hors norme de mon coeur. Les promenades mains dans la mains qui n’en finissent plus, à parler de tout et de rien. Les piques-niques en fin de journées dans les parcs à espionner timidement les passants, se soufflant avec passion des mots sales à l’oreille. S’embrasser à pleine bouche au cinéma comme de naïfs ados en quête de sensation forte. Faire une sieste en cuillère un samedi après-midi pluvieux en voulant que le monde s’arrête soudainement pour pouvoir vivre ce moment à jamais. Se lever tôt les journées de congé pour cuisiner en déconnant comme si la vie était sans lendemain. Passer l’éternité face à face, sans dire un mot, admiration mutuelle sans borne. Pis criss, oui, baiser! J’ai beau déborder d’imagination et détenir une main droite pleinement fonctionnelle, rien ne vaut la chaleur humaine. Sentir pleinement l’autre, savourer l’extase de la symbiose absolue, ne faire qu’un avec l’amour. Connecter. Et le plaisir de ne pas se réveiller seul. Oui!

Et puis un beau jours, débarque le troisième album de The Estranged. Le trio de Portland,OR (oui, je fais une fixation!) s’amène non seulement avec son album le plus abouti, mais également avec une forte dose de positivisme. De quoi rappeler le film (500) Days Of Summer de Marc Webb. Après s’être royalement tiré dans le pied dans une relation qu’il croyait coulée dans le béton, Tom Hansen (Joseph Gordon-Levitt) se réapproprie par chance l’espérance lui permettant de renaître. C’est en plein cette soif de renouveau que le groupe reflète avec leur petit dernier. Je ressens d’ailleurs, à chaque écoute, la flamme de l’espoir amoureux se raviver lentement en moi. C’est dans la mélancolie que baignent ces compositions raffinées. Propice, donc, pour un flirt automnal, se laissant dériver par le cycle trop rapide de la troisième saison (je prendrais l’automne 365 jours par année!). L’émerveillement des débuts, alors que la nature déploie ses plus vibrantes couleurs, avant de laisser place à l’engourdissement graduel, le désir de s’enlacer passionnément à travers la froideur.

La facette crue, saupoudrée d’artifices des premiers enregistrements, laissent maintenant place à un romantisme envoûtant. Quelques parcelles lumineuses percent, ici et là, le toujours confortable brouillard de grisaille. La guitare inventive, prédominant l’ensemble, côtoie de subtils arrangements de piano ainsi que la voix bien sentie de Mark Herman. Le tout, homogène, se voit agrémenté de frémissantes mélodies soutenues par une rythmique directe, toujours hypnotisante. The Estranged s’inscrit dans la lignée de Heaven Up Here d’Echo & the Bunnymen pour sa sensibilité assumée, Darklands de The Jesus and Mary Chain pour l’effet psyché et sa tenure déjantée et Over The Edge des Wipers pour sa fougue maîtrisée.

C’est agréable de constater que ce brillant trio à accouché d’un album mature, bien ficelé, aux capacités riches et profondes. Si The Subliminal Man s’apparentait à Seventeen Seconds, le plus récent se rapproche davantage de Pornography (sans la détresse à fleur de peau). Un pas de géant en avant qui mènera sans doute la formation à leur Disintegration sous peu. Un bel exemple de comment l’art peut venir revigorer l’âme, jeter un baume sur les déboires perturbants. Pour ma part, je ne crois plus que ce soit suffisant pour combler l’énorme vide creusé dans ma vie. En fait, j’ai peut-être fermer la porte à l’amour, mais elle n’est jamais verrouillée. Je peux toujours fredonner Fatalist Flaw ou Play For Keeps en conservant ce filament d’espoir essentiel à ma survie.

Oli