[CRITIQUES] Arctic Flowers – Weaver – Deranged Records / Sabotage Records (2014)

Arctic Flowers - Weaver - Deranged Records / Sabotage Records (2014)

Les Fleurs Du Bien

Sur leur fabuleux premier opus, Reveries (Inimical, 2011), le groupe de Portland,OR offrait une pièce intitulée Cri de Coeur. Un titre fort révélateur qui se veut dès plus représentatif. Une musique qui vient des tripes, honnête et sentie, qui touche directement l’organe vital des personnes qui s’y abandonne. Pour être franc, Arctic Flowers incarne tout ce que j’aime du (punk) rock actuel. Une urgence dans la livraison, une facette sinistre nous rappelant les atrocités du monde ainsi qu’une variante mélodique dominante venant solidifier l’espoir. Le quatuor surf à l’avant plan de cette vague croissante d’artisans émergeant de la côte ouest.  Ils contribuent à l’effervescence d’une scène en constante mouvance, une véritable explosion d’esprits créatifs qui redonnent du sang neuf aux veines enracinées dans l’underground. Une version moderne, réinventée, des mouvements obscurs européens des années 80.

Reveries contenait des hymnes poignants à entamer en choeurs, dans votre cour arrière autour d’un potluck vegan, en revenant d’un affrontement féroce avec la flicaille lors d’une manif anti-capitaliste. Le EP qui suivi, Procession, était tout aussi formidable. La formation se voyait alors calmer le jeu au niveau rythmique (changement derrière la batterie oblige!) au profit d’un approfondissement de son penchant sombre. Faites-moi plaisir et écoutez d’urgence la bombe True Words. Arrive maintenant le fort attendu deuxième long jeu, Weaver. On peut dire que nous avons affaire ici à une entité posée, en pleine possession de ses moyens, qui s’est véritablement trouvée. Plus qu’une simple synthèse de leurs précédents efforts, l’album reflète toutes les caractéristiques propres au groupe, à la puissance 10. Arctic Flowers roule désormais à fond la caisse sur la voie qu’il s’est lui-même façonné.

La voix d’Alex, moins précipitée, dégage ici une chaleur enivrante bien contrôlée, toujours au service de la chanson. Les lignes de basse inventives de Lee se marient aux martèlements précis de Cliff créant ainsi une base puissante et concise. La guitare de Stan, à la fois corrosive, incisive, glaciale et brûlante, n’est pas sans rappeler Geordie Walker sur l’essentiel premier album de Killing Joke. Le tout s’unit naturellement pour dessiner une atmosphère unique nous plongeant dans un effet de mysticisme ensorcelant. Une pièce comme Weaver possède toute la force nécessaire pour vous faire monter aux barricades et renverser ce système pourri. Elle détient également la capacité de vous faire tomber en amour. Vous savez, s’embrasser vigoureusement devant une escouade déshumanisée, programmée pour violenter. Dirges Well permet d’apprivoiser ses démons intérieurs, d’assurer pleinement la noirceur qui sommeille en toi. La furieuse Anamnesis, quant à elle, vient casser le rythme en nous ramenant aux débuts du groupe, agissant ainsi en agent provocateur. Des perles comme Tell My HorseByzantine et Impasse s’incrustent instantanément sous votre peau comme une marque au fer rouge. C’est pour la vie.

Cet album vient raviver mon intérêt pour la ville de Portland. Toute cette agitation contre-culturelle, cette volonté de s’organiser à l’extérieur des cadres établis, me parle directement. Cet esprit de communauté, de coopération favorisant les rapprochements me donne le goût de tout quitter pour partir m’installer clandestinement là-bas. Car oui, je n’ai pas de passeport! Disons que je suis sérieusement immerger par la devise « Ni dieu, Ni maître, Ni frontières ». Mais bon, je finirai peut-être bien par piler sur mon orgueil un jours. Chaque enregistrement du band me permet d’apprécier un peu plus la vie. Weaver vient en quelque sorte renforcer ma quête de bonheur, si illusoire soit-elle. Oui, ils empruntent au passé, mais c’est toujours pour mieux définir le présent. Car l’avenir, c’est le présent et, par leur intégrité, Arctic Flowers réussissent à l’encapsuler.

Oli