[CRITIQUES] Genital Hospital – Street Mummy – P.Trash Records (2014)

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 Spinal Tap vs. The Mummy

Qui a dit que le rock était mort? Que cette personne se manifeste maintenant qu’on lui jette la première pierre. Stonehenge s’en suivra immédiatement après. Car, seuls les gens illuminés, accro au dubstep ou les épaves pour qui la vie s’est arrêtée en 1978 peuvent penser ainsi. Mais non, le rock ‘n’ roll perdure à tout ce qui bouge et absolument rien ne peu venir l’ébranler. Pas besoins de chercher bien loin pour le constater. Prenez les montréalais Genital Hospital. Suite à une première attaque convaincante intitulée Eyes Full Of Terror en 2011, ces guerriers lancent une virulente seconde offense. Le cabalistique Street Mummy évoque la combinaison d’une conduite juvénile délinquante, coctails Molotov dans les yeux, et d’une musique déjantée, puissante et rassembleuse. La troupe puise à travers le meilleur de la courte, mais substantielle histoire des musiques à haute teneur en distorsion. Les influences de toutes les époques affluent mais, eux, n’adhèrent à aucune d’entres elles. C’est là que réside la force de l’hôpital génital, dans l’incarnation de l’intemporalité. Des individus regroupés pour décaper les murs et faire expulser toute la sueur de ton corps dans une débauche de décibels intense. Aller droit au but sans se prendre la tête mais vous la faire perdre à coup sûr.

Street Mummy, c’est le type d’album dont le volume se doit d’être au maximum, lorsque tu l’écoute. Genre à 11! Pas moins. Les voisins, le bloc, le quartier, tous doivent absolument savoir. Et puis, tu t’assieds confortablement avec le breuvage de ton choix (pour moi, ce sera une petite désalcoolisée!) et tu attends. À la fin de Dead By The 7th Hole, vous pensez probablement que la brigade robotique armée d’une badge et d’un flingue retontira pour tirer à bout portant sur des speakers déjà en feu. Et bien, pas tout à fait. Ces chiens de garde de l’état  n’auront pas le temps d’exercer leur pseudo pouvoir d’assassins. Je vous le jure sur la tombe d’Elvis en entament une version « barbershop raga » d’Heartbreak Hotel. Une immense pyramide à éclos du Mont-Royal pour se hisser fièrement au sommet. Une partie de la ville se voit désormais ombragée par cette incommensurable création. Consternation! Pendant que la population s’affole en meute et que nous sommes enfin débarrassés de cette croix maudite, la musique rugit à plein régime. Geogia Peach, la pièce titre, Want You Off My Case. Une succession de hits bien gras et sales, saupoudrés de sucre, accompagnent dignement la folie régnant en faune urbaine.

Soudainement, plus rien. Le calme plat. La face A exténuée, je m’empresse de remédier au silence inquiétant en tournant d’un mouvement ritualistique la pièce. Dès les premières notes de Verdammte Scheisse, la terre tremble, un vent de démence se lève laissant planer une aura meurtrière. Tout à coup, sans préavis, des hordes de momies surgissent du temple à l’unisson. Ces créatures d’outre-tombe déferlent dans les rues appuyés par les sing-alongs de Ming Ming Ming et de la redoutable Violence créant panique, chaos et émeutes sur leurs passages. Les êtres embaumés agissent tels des zombies en constante quête de chair fraîche. Malgré la cacophonie émanant de l’extérieur, Genital Hospital crie plus fort. Les guitares crachent du feu comme un dragon sortant du plus profond des ténèbres. Ces six cordes meurtrières côtoient la frénésie d’une rythmique  inépuisable. On a également droit à de nombreuses incursions d’harmonica, qui se présente ici en instrument diabolique. De quoi faire grimper le thermomètre au max, c’est-à-dire à 11.

Seules les personnes hochant sauvagement la tête, bras en l’air et affichant un devil horns, sont épargnés. Les mystérieux cadavres réanimés semblent vouloir s’acharner davantage dans le Mile-End. Oui, ils ont goûté le sang hipstérien et en raffole. D’ailleurs, Urban Outfuckers et American Sexistapparel flambent telles des églises norvégiennes au début des 90’s. De braves gens branchent leurs basses, le volume à 11, pour entreprendre un Big Bottom ahurissant, tentant de stopper l’hémorragie. C’est peine perdue, le groupe est trop fort, Street Mummy est son outil du vice. Lorsque Laxative Rag se termine, tout redevient comme avant, aucune trace du carnage apparente. Un rêve collectif éveillé.

Ce deuxième effort fonce droit sur vous comme une météorite ayant soif de destruction. Une véritable tornade électrique où attitude punk et énergie débridée malmènent nos vies trop prévisibles. Dix titres qui provoquent l’effet d’un plongeon tête première dans un fleuve de boisson énergisante. Je me demande seulement ce qu’attendent les labels nord-américain pour propager cette talentueuse formation. En attendant, je ne peux que vous recommander d’ouvrir vos fenêtres, laisser entrer le printemps et sortir cette bombe incendiaire. Si jamais, par malheur vous ne suivez pas ce traitement, gare aux momies!

À ne pas manquer en ouverture des légendaires Hanson Brothers, ce dimanche 6 avril, au Il Motore.

Oli