[CRITIQUES] Sonic Avenues – Mistakes – Dirtnap Records (2014)

Sonic Avenues - Mistakes - Dirtnap Records (2014)

Pretty In Pink

Un prof m’a dit un jour qu’il n’y avait pas d’erreurs dans la vie. Seulement des expériences. Je suis demeuré profondément marqué par cette façon d’aborder la vie qui, peut te permettre à la fois de pouvoir mieux faire la paix avec ton passé et, attaquer le moment présent avec une attitude positive. Car c’est bien vrai, nos expériences, jouissives ou cauchemardesques, contribuent à s’épanouir pour ainsi favorablement construire. L’important, c’est d’apprendre continuellement et de sortir grandit de chaque situations. Une vision sereine que le quatuor montréalais Sonic Avenues perpétue avec son petit dernier. Bien que ce troisième album soit titré Mistakes, aucune erreur possible ici, c’est la création la plus aboutie du groupe. Véritable onde de choc qui transpire une fièvre nostalgique inévitable mais également une sensation de renouveau optimiste. Onze titres livrés à la mitraillette crachant à bout portant ses munitions de gommes ballounes, qui coïncident avec l’entrée printanière. Justement ce temps de l’année où il est bon d’abuser d’Heaven Tonight de Cheap Trick, Look Sharp de Joe Jackson, les deux premiers Cars et les débuts d’Elvis Costello. On peut maintenant en faire tout autant avec le sang neuf incisif de Sonic Avenues.

Si la pochette ensoleillée reflète une facette évasive, un désir accru de liberté et d’abandon, elle laisse également place à un contenu et des thématiques parfois plus sombres. Deux côtés d’une médaille oscillant entre la mélancolie accablante et l’euphorie exaltante. Mistakes vient instantanément chercher par sa détermination à vous faire méditer sur votre situation présente tout en vous replongeant droit vers une époque marquante de votre vie. Oui, l’adolescence. Période cruciale, déterminante et éprouvante, coincée entre une innocence que l’on pensait éternelle et une liberté déchue que l’on croyait trouver.

C’est pratiquement impossible de se préparer à l’arrivée au secondaire et aux cinq années qui suivent. C’est une rupture complète avec les premiers balbutiements de ta vie, un nouveau départ. Tout peut arriver, ton chemin se trace hasardeusement, c’est un bouleversement radical. Le début d’une nouvelle vie avec tout le bon et le mauvais que ça implique. Composer avec une multitude de changements en même temps, c’est loin d’être toujours rose. Tu dois te définir chaque jours, tenter de prendre ta place en oubliant ce que tu sais déjà. Que tu agisses pour te faire remarquer ou que tu te la joues low profile, tu te fais pointer. C’est automatique. Difficile d’éviter l’intimidation, peu importe le clan. Tisser de nouveaux liens, en briser d’autres. Vouloir te prouver à tout prix. Te moquer des autres en te croyant supérieur en meute, mettant ton cerveau à off  pour l’occasion. Mais au fond, la culpabilité te ronge l’intérieur, tu as tort. Lorsque tu deviens à ton tour victime, tu comprends. C’est à ce moment que tu flanches, te sentant seul au monde dans cette spirale infernale de trahison. Tu crois pouvoir régler tes problèmes à grands coups de « je vais me suicider » pour recevoir une dose d’attention. En réalité, ces passages à vide où fatigue globale et stagnation t’anéantissent pour mieux te faire rebondir.

Les expériences s’accumulent, toujours attirées par les plaisirs que l’on t’interdit. Le sentiment de révolte envers l’autorité croît à la vitesse des poils sur ton corps. Tu changes d’idées comme de bobettes, commences à fumer pour ressembler à ce que tu n’es pas et prends plaisir à te vomir les tripes après chaque brosses. Tu découvres les capacités évasives des drogues ainsi que ton corps avec lequel tu joues sans relâche. Le mot « horny » se retrouve tatoué sur ton front, un simple frôlement suffit pour te faire monter le chapiteau. C’est automatique. On te demande incessamment de faire des choix pour consolider le futur alors que tu as maille à partir avec le moment présent. Ta destinée se tire à pile ou face. Puis après, c’est trop tard, tu as l’impression de ne plus pouvoir revenir en arrière. Tu t’es trompé. On essai de forger ton caractère, te casser, te former à leur image. Mais, tu résistes, conservant l’intégrité construite en marge au compte goutte. Ton visage à l’air d’un champ de fraises bien mûres, tu te sens pas bien dans ta peau, tout déferle à 100 milles à l’heure dans ta tête. Tu as le béguin pour la même personne pendant un an et à la toute fin de l’année scolaire tu prends ton courage à deux mains quitte à perdre la face. Difficile d’exprimer ses sentiments et lorsqu’on y parvient, c’est souvent peu gratifiant. Un autre été à l’eau! Et un jour, tu vaincs le dragon de la fin, amoché par ces années tordues mais enrichissantes. Si tu réussis à passer à travers ce périple initiatique, rien ne peut désormais t’arrêter. Tu te perds constamment mais fini toujours par te retrouver.

C’est bon signe lorsqu’un album me fait feeler tout croche, qu’il vient me chatouiller les cordes sensibles. Mistakes réussit le pari de me déstabiliser émotionnellement, contemplant à la fois ma soif de mélancolie et ma poursuite de bien-être. Et ces nappes de guitares acoustiques qui émergent ici et là nous renvoient agréablement aux premières virées des Kinks. Comme quoi  la troupe de Ray Davies en 1964 et Sonic Avenues en 2014, c’est le même combat. L’ambiance un brin 80’s laisse présager que feu John Hughes aurait caché le manuscrit prophétique d’un film auquel l’opus lui serait destiné en guise d’accompagnement. À mettre dans votre playlist en cuillère avec Radioactivity, Steve Adamyk Band et The Marked Men question de passer un été de rêve. Car oui, les meilleurs jours restent à venir. C’est automatique.

Oli