[CHRONIQUES] Cinq albums que j’emmènerais dans ma tombe avec Guillaume « Arch » Archambault

Cinq Albums Que J'Emmènerais Dans Ma Tombe

Les chroniques des cinq albums que j’emmènerais dans ma tombe se font de plus en plus rare et c’est correct, il faut dire que ce n’est pas un questionnement des plus facile à faire et ça demande souvent une longue réflexion. Nous revenons tout de même cette semaine avec celle-ci, en accueillant les choix de Guillaume Archambault, principalement batteur du groupe The Expectorated Sequence de Montréal. Il est intéressant de voir le cheminement que quelqu’un doit prendre pour en arriver à jouer de la grosse défonce sale.

B.A.R.F. - Tumulte (1992)

B.A.R.F. – Tumulte (1992)

Essayez de ne pas rire! C’est con, mais si tu parles de Barf dans la scène (n’importe laquelle), tu fais souvent rire de toi. Pourtant, en termes de musique agressive, ils ont assurément laissé leur trace au Québec. Ça crie, c’est méchant; c’est sale. Ça pue, ça sonne le cul; mais c’est touchant. On est loin du screamo, ou du crust à la His Hero is Gone, mais il y a une certaine tristesse, parfois épeurante, de laquelle Barf est envahi. Le genre de tristesse « lâchez-moé câlisse, ch’rai pas ben nulle part. » Tumulte – c’est mon premier disque compact à vie, faut croire que Barf au départ, ce n’était pas tellement mon époque, mon grand frère me l’avait offert à Noël (autour de 1998). Je n’ai jamais vraiment continué de les suivre, d’ailleurs je ne les ai jamais vus en concert; l’album live m’a suffit après ça. Le batteur a changé, et c’est devenu « meilleur » donc j’aimais pas mal moins ça. Ils ont tout un côté politico-bûcheron aussi; y a des tounes qui peuvent te faire sourire. J’ai appris cette semaine qu’ils retournent en studio pour un nouvel album, meh! Mention spéciale pour les tounes Welcome to us, Je suis le fou, Murmure discordant, M’a t’brûler, Wô wô tabarnak, Esti d’sale, Eternal Shit, Anytime Anywhere. Je suis certain que tu as déjà entendu Le p’tit poisson, mais ça c’était un cover de Damnation, tu le savais?

La Quiete – La fine non è la fine (2004)

La Quiete – La fine non è la fine (2004)

Je ne sais pas trop quoi dire sur cet album-là; c’est probablement la meilleure chose que j’ai entendue. De loin l’album le plus accompli (et le plus long) du groupe, La fine non è la fine est simplement parfait. Neuf pièces extrêmement bien composées. Tout y est bon; la batterie, les guitares, la basse, les deux voix qui se répondent (little known fact : il y a deux chanteurs sur cet album; l’ancien et le nouveau). La basse est tellement prenante, on dirait les notes les plus graves d’un piano. Les mélodies, jouées pour la plupart très… rapidement, apportent une beauté et une lueur d’espoir, dans ce bas-monde. Les paroles, chantées en italien, rimes facilement en i, en o et en a. Pour nos oreilles francophones, on en est jaloux de ne pouvoir rimer aussi facilement dans notre langue; et le terme scream-o prend tout son sens. Les textes sont très bien écrits et m’ont même donné envie d’apprendre l’italien. « Smarrito, tradito, nudo, e impotente! » est simplement le plus beau vers emo

As The Sun Sets - 7744 (2002)
As The Sun Sets – 7744 (2002)

J’ai été élevé au death métal. Dying Fetus, Suffocation, Cryptopsy, Monstrosity, Gorgasm, Agony, Deeds of Flesh, Cephalic Carnage, Cannibal Corpse, entre autres. Ce qui m’allumait – et m’allume toujours à un certain point – c’était la complexité dans la structure des chansons. On n’aimait pas le « ABABA », nous autres, c’était du « aABCDBaBbbE », dans le genre. As the Sun Sets a sorti un premier disque (Each individual voice is dead in the silence), et dans ma tête, c’était la pure définition de grind cet album-là. Pas si technique que ça, mais ça « blastait », ça « breakdownait », y’avait beaucoup de double-pédale; le vocal s’approchait du black; j’aimais ça. Mais c’est leur deuxième album, 7744, dont il est question ici. D’ailleurs, quand j’étais tombé sur ce disque-là, ça sonnait tellement mal que je croyais que c’était leur démo et que ça datait d’avant. Les chansons duraient en bas de la minute, les paroles étaient comiques, et le chanteur était tout simplement déchaîné; pas content du tout le garçon. Le son des guitares était tellement noisy et aléatoire; tu pouvais t’imaginer les membres du groupe rentrer dans le monde ou se rouler par terre. À la fin, il y avait deux tounes instrumentales et tu te disais, « Ah ouais? Eh ben ils peuvent jouer de la musique aussi! » As the Sun Sets a sorti un autre disque, 8949, qui durait cinq minutes, et après ils sont devenus Daughters. C’était très bon aussi, mais dans ma tombe j’apporte 7744.

Malady - Malady (2004)
Malady – Malady (2004)

Que dire sur le son? Ce n’est pas la meilleure production (comme tous les albums de ce top 5), mais c’est assez puissant pour venir te chercher jusqu’en-dessous des couvertes, ou même te faire « groover » dans ta tombe. Triste, fâché, mélancolique, heureux, pourri, et gambadant, sont des adjectifs qui me viennent en tête lorsque je pense à Malady. Vous qui lisez cette chronique connaissez sans doute cet album, et je sais que vous l’appréciez autant que moi. Rien de plus à dire. On parlait de monter un hommage à Malady une bonne fois, à l’Esco ou un endroit du genre, mais le projet est un peu tombé à l’eau. Faudrait s’y remettre.

The Apoplexy Twist Orchestra / Louise Cyphre Split 10" (2002)
The Apoplexy Twist Orchestra / Louise Cyphre Split 10" (2002)

Une bonne fois autour de 2004, sur MSN, un ami (Julien Discord) me parle en ligne. Il avait de la misère à envoyer des fichiers et il m’a demandé « ça te dérange-tu si je t’envoie une toune juste pour voir si ma connexion marche ? »

Il m’a envoyé la chanson My Old Friend Cancer du groupe allemand the Apoplexy Twist Orchestra. Ça sonnait vraiment mal! En réalité j’adorais. Je me suis mis à rechercher leurs albums en ligne; y’a que sur Soulseek que j’y étais parvenu, et comme ce n’était pas un gros groupe, ils avaient surtout sorti des splits en vinyles. Leur son? Du genre de Buried Inside mais en tounes de trente secondes, qui rappelle un peu Orchid, mais à l’allemande.

Pour parler de l’autre groupe du split, Louise Cypher : un jour, j’ai réussi à me procurer le vinyle, et encore là… je n’écoutais pas vraiment Louise Cypher, c’était surtout pour TATO. Un peu plus tard, le split La Quiete/Louise Cypher est sorti, et c’est vraiment à partir de là que j’ai commencé à apprécier Louise Cypher. Je me suis souvenu que j’avais un autre split avec eux autres qui datait d’avant (le fameux split 10" avec Apoplexy) et leur côté était tellement dark et technique – du bon screamo comme on l’aime. Mon vinyle griche pas mal aujourd’hui, mais des fois tu te demandes si ce n’est pas l’enregistrement aussi. Anyway, dans ma tombe ça va être pas mal humide, les disques risquent de pas « tougher » longtemps.