[CRITIQUES] Oktoplut – Pansements – Slam Disques (2014)

Oktoplut - Pansements - Slam Disques (2014)

Baume À Vie

Il y a des albums qui arrivent à point dans une vie. Tu n’attends plus rien et, soudainement, un duo montréalais surgit avec un feu d’artifice émoustillant chacune des cordes sensibles de ton corps. Un album qui dessine exactement les mêmes courbes de ta vie en montagnes russes. Un peu comme l’amour. Lorsque tu cesses de le chercher, il frappe à ta porte, giflant ta solitude sans crier gare. Alors que le printemps pousse ses derniers souffles vers les candeurs estivales, tu sens une vague de fraîcheur t’imprégner. Du mouvement dans l’air, du neuf en suspens à l’horizon. L’impression, finalement, d’apprivoiser le temps pour le mettre de son bord. Les astres s’alignent abattant d’un seul coup les murs de la seconde chance. C’est ta soif inouïe de vivre qui guide tes pensées. Le désir de tout abandonner, laisser derrière soi tout ce que l’on ne veut plus être. Mettre la switch du mode survie à off, la négativité à mort. Il faut engueuler ses obstacles, congédier la procrastination. Se lever debout et crier, à s’en scraper les cordes vocales, un gros fuck you au passé. S’époumoner. Quitter.

Un beau matin, tu décides de couper le cordon une fois pour toute. Tu places ces pansements dans tes oreilles en fixant du regard les jours meilleurs. Puis d’une traite, tu t’envoles propulsé par ses riffs vicieux octroyant une décharge anthémique des plus révélatrice. Tu cours à plein régime sans destination fixe pour ta liberté. Tu fonces sans retenue fracassant toute peur de l’inconnu. Fuir. Rien ne peut stopper cet élan frénétique soutenu par des rythmes sauvages aux capacités grandissantes. Pas besoin de billet pour atteindre le bonheur. Pas le temps de s’arrêter, tu es en mission. Tes pulsions cardiaques accélèrent sans merci, prendre ton pouls devient dérisoire. Tu vois noir, rouge. La langue à terre, tu persistes. Ta détermination te rends indestructible. Tu évites les trous sur ton chemin contournant également les pièges de la nostalgie. Il devient primordial de ne plus se laisser envahir par ce que l’on enfouit à jamais pas à pas dans le cercueil de nos souvenirs. Tes démons troublants sont désormais barrés de la liste, chassés du plus profond de ton être. Essoufflé, tu ne peux cesser ta course folle. C’est trop tôt, la vie est courte.

La première chose que tu sais, c’est que tu es figé. Mais pourquoi donc ? Ce qui parvient à tes conduits auditifs vient parallèlement te percer le coeur. Sans compromis. Pour la première fois depuis le début, tu te retournes. Déplace des montagnes, Et rêve de scier le monde. Tu réalises que tu existes et que tu as existé. À cet instant, tout peut arriver, le meilleur comme le pire. Tu es déjà ébranlé. C’est douloureux de tourner la page, d’effacer ce qui t’as façonné. Jamais facile de divorcer d’une partie de soi, son histoire. Il le faut pourtant. Tu dois t’écouter, tracer ton destin, donner une chance à la vie. Ces notes perturbent peu à peu ton équilibre émotif venant sous-tirer les larmes d’un deuil inévitable. Une ode à la méditation semant des frissons partout sur ta chair soumise. L’organe vital amochée, entaillée, qui laisse couler toute sa gratitude se voit désormais calfeutrée d’un pansement permanent. Plus jamais de concessions. C’est toi devant le monde, le brise-glace de l’espoir.

Tu repars entêté sur des tempos entêtants. Sourire fendu jusqu’aux oreilles, la tête bien haute et le poing levé droit dans les airs, tu replonges à vive allure. Tu fracasses tout sur ton passage, déterminé, optimisme gravé sur le front. Tu chantes en choeur avec les pugilistes secouant le cou jusqu’à l’épuisement des os constituant ta colonne vertébrale. Crier, sauter, disjoncter. Ne plus penser à rien, se laisser porter par le courant brusque et entraînant. Courir de nouveau. Freiner subitement. Une petite boîte noire sur ton chemin. Un signe. L’ouvrir pour y cracher tes restant de venin. Dernière chance avant le point de non retour. Vider son sac question de rétablir ses perceptions. Et si mon corps était une patinoire, Égratigner le cours de mon histoire. Passer la Zamboni sur l’âme décousue, se restituer l’intérieur. Le seul ennemi à abattre demeure le doute pendu sur ta conscience. Une lutte à finir inclus dans le cheminement. Un seul secret émane de ce coffre miniature. La titanesque paire torche définitivement plus qu’une énorme entité floridienne.

Tu apprends constamment. Tu t’abandonnes au diapason avec cette musique lourde de sens, riche en fragilité. Oui, la route est longue mais tes tympans jouissent. Tu décides dorénavant de marcher. Rien ne presse, le temps t’appartient. Reconnecter avec le moment présent, les deux pieds sur terre, tout en laissant le néant taquiner ta quête d’espace. La vitesse s’estompe laissant place à des pas de plus en plus amorphes. Valser dans du béton fraîchement coulé sans se soucier des conséquences. Reprendre son souffle en bénéficiant des rayons lumineux projetés par la bête Oktoplut. La sueur s’extirpe lentement de ta carapace frivole laissant présager une halte. L’heure de vérité. Poursuivre ou creuser sa tombe ? Le plus beau choix, le plus décisif, le plus facile. Ça passe ou ça casse. Rien à foutre car tu détiens maintenant, bien en mains, cette confiance jadis perdue. Poursuivre son périple, se laisser bercer par une marée de distorsion suave. Guérir.

Chaque journée tire à sa fin amenant avec elle son lot de réflexions, ses questionnements. Il y a cependant des moments que l’on voudrait étirer à tout jamais, ceux qui se révèlent à nous comme source de bien-être. Sous le pont, Nous sommes bien. Méditer en se faisant brasser la cage, apaisé par les derniers signaux du soleil. Assis confortablement, ton esprit reprend possession d’une quiétude dont tu ignorais l’existence. La distance entre la dérive et la métamorphose est infime. À vrai dire tu ne le sais pas. Mais tu y crois, c’est tout. Pour une rare occasion, la nuit laisse une aura lumineuse planer au-dessus de tes rêves. La veilleuse qui sommeille en toi brille comme jamais auparavant. Chaque coup frappé de plein fouet, chaque feedback jaillissant des entrailles d’une six cordes abusive, chaque affirmation poétique saisissante, chaque changement impromptu contribuent à sculpter les particules du changement. Tu peux alors te demander s’il y aura une suite ou si toute bonne chose a une fin. La fatigue l’emporte que tu le veuilles ou non. Une berceuse te caresse la peau en guise de réconfort. Tu peux entendre au loin ces animaux te chuchoter leur approbation accompagné de l’imprévisible montée en puissance d’une torrentielle vague chaotique contrôlée. Perturbation positive. Maintenant, dors. Demain est un autre jour. Le commencement de ta nouvelle vie.

La dernière fois qu’une parution francophone m’a bouleversée autant que Pansements, c’était Dehors Novembre des Colocs en 1998. Oktoplut. Ou comment deux individus maltraitants leurs instruments avec conviction peuvent venir remettre en question mon existence tout en signant mon passeport pour un futur pourvu d’espoir. Un album qui pourra certainement accompagner mes nuits d’insomnies cet été en me faisant ridiculiser par les étoiles tout en méditant sur ma place à prendre dans l’univers. En attendant, je dois compter mes points punk !

« Mais l’amour et l’espoir, C’est peut-être bête mais j’y crois encore ».

Oli