[CRITIQUES] Appalaches – Mòn – Indépendant (2014)

Appalaches - Mòn - Indépendant (2014)

Nous achevons à peine la première moitié de l’année 2014 que nous pouvons déjà nous réjouir des nombreux albums de qualité lancés jusqu’à présent ici, dans notre belle province. Nombreux d’entre eux, je les attendais avec impatience, tandis que d’autres se sont avérés être de fichus belles révélations; mais encore me dites-vous? C’est dans l’ombre de mon radar que se dissimulait cette véritable perle instrumentale, duquel je ne m’attendais pas voir surgir d’ici peu. Le genre de découverte avec laquelle tu cliques tant que tu t’en veux horriblement de ne pas l’avoir découverte bien avant. Enfin… je m’emportais un peu pour rien dans le fond puisque l’album dont je m’apprête à vous parler s’avère être le tout premier chef-d’œuvre d’un quatuor Montréalais nommé Appalaches. Si tout comme moi le nom ne vous était pas familier, laissez-moi vous entraîner à travers Mòn, un monde épique créé de toute pièce par le groupe; un voyage dont vous n’êtes pas près d’oublier, je vous l’assure.

Tout ça commence par la simple action de jeter un coup d’œil à la pochette CD. Tu constates rapidement que c’est proprement fait, que c’est tout simplement joli. Un design graphique dégradé aux couleurs froides (qui gagnera certainement à être imprimé sur un format 12’’) nous prépare soudainement à vivre une écoute riche en textures… et ca ne s’arrête pas là! On ouvre le carton et on entrevoit un livret à l’intérieur. Sitôt examiné, on y remarque bien plus que de simples remerciements. En fait, c’est l’aventure qu’on s’apprête à vivre qui s’y retrouve et ce, singulièrement décrit en premier lieu par une courte phrase : « on est Appalaches, on joue fort » et en second lieu, brillamment illustré grâce à de charmantes illustration à faire rêver. M’enfin, le feu vert est donné, les attentes sont hautes, on plonge dans l’aventure et attentivement, on écoute ça fort.

On décolle. Lentement mais sûrement, Spotari introduit l’album, soulevé au départ progressivement par de délicates notes de guitares lointaines. On s’élève, mais l’attente ne dure pas une éternité.  Soudainement, beding bedang! Le temps d’un artifice, tout explose. Ça ne prend pas grand temps que la citation « on joue fort » prend tout son sens. La chanson prend dès lors un rythme acharné grâce, notamment, à de formidables symphonies de guitares, soutenues par une bruyante épreuve de tambours. À mi-parcours dans le morceau, on assiste à un ralentissement plus que réussi, dignes des meilleurs moments sur the fire in our throats will beckon the thaw de Pelican (damn! Je m’étais juré de ne pas faire de références à d’autres bands, mais la ressemblance dans ce cas-ci m’était trop frappante). Déjà, la première chanson se termine, on est vendu tellement sa structure était sans faille. À sa toute dernière note, on reste en haleine et l’on vit avec exaltation les premiers balbutiements de la constante et dramatique Nomse, une chanson qui graduellement, se métamorphose en une sorte de vacarme brillamment exécuté, pour ensuite se clore en toute délicatesse et finalement introduire un coup de coeur de l’album, Pisoecourse. Sur celle-ci, on sent franchement toute la chimique qui lie les membres du groupe, en plus d’assister à une narration, fruit d’un jeu de guitares charismatique qui poigne au cœur tellement les émotions dégagées par celles-ci sont palpables. Le tout se poursuit sur la pièce Nola, la plus longue de l’album, un va-et-vient contrasté de beau temps et de tempêtes ; des sections instrumentales navigants du plus subtil au plus bruyant possible. Enfin, on atterrit lentement.  En empruntant une formule similaire à l’introduction de l’album, la puissante Soleicare se veut une clôture d’album efficace, un dénouement logique à tout ce qu’on vient de vivre comme émoi. Les dernières notes de Mòn nous chuchotent d’abord, puis nous cris un au titanesque « au revoir », nous laissant espérer une suite à tout cela.

Ainsi se termine notre voyage. Quel album! À force d’écouter Mòn, je me suis créé une bulle, une atmosphère agréable que je prends goût de revivre à travers chaque audition. La beauté du post-rock réside en sa capacité de faire exprimer notre imagination. C’est elle qui est maître d’œuvre et qui donne un sens aux chansons. Encore faut-il une bonne charpente musicale afin que la musique anime l’esprit des gens. C’est entre autre pour cela que le genre s’avère difficile à exécuter et est craint de bien des artistes. Ceci dit, le but des membres d’Appalaches ne fut certainement pas de réinventer le genre, mais assurément d’en tirer les meilleurs éléments afin de créer avec ça une épopée captivante. Sur Mòn, ont peut dire mission réussi! Les guitares dirigent naturellement quelconque auditeurs tout droit dans ses rêves tandis la section rythmique les supporte à merveille de par une simple exécution majestueusement bien exécutée. On sent qu’il y a eu tout qu’un travail de production derrière tout ça, autant musicalement que graphiquement. Un joyau musical québécois qui mérite amplement d’être écouté et un groupe que vous devrez suivre de près dans le futur.