[CRITIQUES] White Lung – Deep Fantasy – Domino Records (2014)

White Lung - Deep Fantasy - Domino Records (2014)

Screaming was always natural for me. I have a big voice, big projection. I’m a loud person. I’ve been told to shut up my entire life. That’s just who I am, and I can’t fucking help it sometimes. – Mish Way

Ça en dit long sur ce que White Lung représente.  Le pouvoir de mixer une telle furie et une rage tout en offrant un son aussi abordable et facile d’écoute. Que ce soit les petits blogues peu lus comme le nôtre, ou encore les grands manitous musicaux des Internets d’aujourd’hui, tout le monde trouve sa niche avec White Lung. Après l’excellent Sorry paru en 2012 et les deux vinyles 7 pouces Blow it South et Two Of You, j’attendais grandement, et avec un peu d’inquiétude je dois l’avouer, de voir ce que la bande de Vancouver avait à nous offrir. J’en jasais justement, il y a quelques mois, avec mes collègues  de Vakarme. Mon point était que les deux derniers 7 pouces allaient être une sorte d’adieu du son aussi unique et ravageur, dans le but de passer à quelque chose de plus  ‘’pitchforkien’’ ou ‘’Matadorien’’. Mes peurs se sont concrétisées lorsque j’ai vu que le groupe prévoyait sortir leur prochain opus sur Domino Records (Arctic Monkeys, Franz Ferdinand). C’est alors que la véritable bombe qu’est Drown The Monster m’arrive en pleine gueule. Un son encore plus intense, plus lourd et agressif, voire violent, que tout ce qui avait été fait jusqu’à présent. Je regagnais ma foi en un de mes groupes canadiens favoris des dernières années.

Avant l’écoute complète de l’album, j’ai parcouru les entrevues de la chanteuse Mish Way pour me motiver un peu plus encore et pour en apprendre davantage sur les thèmes que le groupe aborderaient sur leur prochaine galette. Deep Fantasy, c’est avant tout la volonté de sortir du créneau du travail 9 à 5, de se caser en ayant des enfants et l’hypothèque qui vient avec. Le modèle par excellence de notre chère société et de ce que la plupart de nos parents attendent de nous un jour ou l’autre. Mish Way a décidé de montrer un gros doigt d’honneur à ce chemin, d’exiger d’elle-même des buts qui sortent de ce que la société exige et de repousser les limites au maximum. Mission réussie, puisque le groupe passe désormais la majeure partie de son temps à pratiquer ou à être en tournée. Mais Deep Fantasy est plus encore, il s’agit aussi des vices du métier, soit la dépendance aux drogues ou la débauche sexuelle. D’ailleurs, Mish Way averti d’entrée que Deep Fantasy est orienté sur son rapport avec la sexualité.

L’album s’ouvre avec la chaotique Drown The Monster, le tout premier extrait disponible. Un véritable mur de son agencé parfaitement avec la décadente voix de Mish. Il s’agit d’une ode au changement, de l’inconfort avec la routine qui s’installait progressivement, tout juste avant qu’elle décide de déménager à L.A. Un enchaînement parfait qui ne dérougit pas d’une seconde avec  Down It Goes et Snake Jaw. Pas le temps de respirer lorsqu’on écoute du White Lung, les notes sont propulsées tel un AK-47 en pleine Deuxième Guerre Mondiale. Par la suite, I Believe You arrive tel un train à pleine vitesse. Une histoire de camaraderie entre Mish Way et une copine victime d’une agression sexuelle et de tout ce qui entoure la culture du viol dans notre société. Une marque de confiance face à son amie et à toutes ces conneries qui sont inventées pour éviter de passer la faute sur l’agresseur : ‘’I Fucking Believe You’’. Lorsqu’on s’attarde au thème de la chanson, on comprend d’où elle tire toute son intensité et sa rage. Probablement le titre le plus fort de Deep Fantasy.

La face B du disque reste exactement dans la même optique que tout ce que White Lung nous a offert à travers leur courte discographie. C’est justement le point faible de Deep Fantasy. Après plusieurs écoutes, on se rend compte que le groupe n’est pas arrivé avec quelque chose de plus que les albums précédents. Ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose en soi, car du White Lung s’écoute toujours bien. Les puristes n’auront certainement pas un mot à dire avec ce disque. Personnellement, j’aime toujours me faire surprendre. Le feeling de ne pas comprendre à la première écoute, de te demander si c’est bien réel et s’il s’agit du bon groupe que tu écoutes, mais qu’au bout du compte, tu tombes sous le charme. Pour moi, il s’agit d’un de mes moments préférés en écoutant du nouveau matériel. Le nouvel album de White Lung n’a malheureusement pas réussi à me faire vivre cette expérience. J’ai eu l’impression de réécouter Sorry, sans les classiques comme Bag ou The Bad Way.

 

Reste que la fantaisie est définitivement présente tout au long de l’album. Au-delà des paroles sombres, réalistes et féministes de Mish Way, c’est probablement la guitare de Kenneth William qui nous transporte dans un monde imaginaire tout au long de ces 22 minutes de fureur. Chaque note semble irréelle, est jouée de façon inimaginable et nous transporte ailleurs. De quoi rendre jaloux n’importe quel guitariste. Le tout appuyé par la batteuse Anne-Marie Vassiliou: aussi précise qu’un métronome et solide comme le roc. Pourtant, le groupe est loin de se réinventer. Mais ils ont trouvé un moyen, leur moyen, de créer une musique à la fois puissante et robuste qui pourrait supplanter n’importe quel groupe de mâles alpha au look de tueur. Deep Fantasy est un excellent album, tout comme Sorry. C’est justement le problème. Il s’agit pratiquement du même album, à quelques notes près.

-Lamb