[CHRONIQUES] Best of 2014 – Les meilleurs albums des six premiers mois

Vakarme Best of 2014

L’été est bel et bien commencé, sacrebleu que ça fait du bien! C’est pas pour dire que l’hiver fût long, mais c’est un peu ça. Interminable, certes, mais en compagnie de plusieurs excellents albums, ça se digère mieux. Parce que si vous ne trouvez pas qu’il s’agit d’une excellente première moitié d’année pour la musique, on va tenter de vous convaincre que ce l’est. Comme à notre habitude, on ne tente pas de faire une liste exhaustive de tout ce qui se fait de meilleur, de plus edgy ou whatsoever. On tente simplement de partager la musique qui vient nous chercher jusqu’au plus bas fond de nos tripes en tentant de donner une visibilité à des groupes qui, selon nous, méritent une plus grande attention.

Les choix de PM

Bâton Rouge - Totem

Bâton Rouge – Totem

Les génies de Lyon, qui nous ont donné Daïtro et 12xu ainsi qu’un premier long-jeu en 2011 tout simplement renversant, sont de retour en 2014 avec un nouvel album. Totem est l’évolution parfaite de Fragments d’eux-mêmes, un album qui, déjà, chamboulait la scène math-rock il y a 3 ans. Si ce dernier venait fracasser notre perception de ce genre musical à grands coups de riffs accrocheurs, Totem vient approfondir encore plus loin dans la quête qu’ils semblent s’être donné. Celle de diversifié les sonorités, de franchir des barrières et de nous amener ailleurs, et ce, toujours avec des textes poétiques. Leur touche unique sur le genre musicale les rend inclassables, allant chercher des influences de groupes post-hardcore, alternatif, rock, post-rock et plus loin encore, le quatuor français a su approfondir leur son à un niveau où la contemplation de l’oeuvre est tout ce qu’il nous reste. Loin des clichés et des raccourcis faciles, nous sommes définitivement en terrain nouveau où l’art s’exerce à son meilleur.

Creative Adult - Psychic Mess

Creative Adult – Psychic Mess

Creative Adult est un quintette californien aux personnages étranges. Psychic Mess est leur premier long-jeu, et il détient une originalité et une façon d’approchée le post-punk tout à fait sublime. C’est à la fois un retour au psychédélique et au no future tout en étant un album à se serrer les dents et les poings. Un excellent jam et ce, tout au long de l’album. Il réussi d’ailleurs à sortir du cliché Ian Curtis, contrairement à d’autres albums post-punk comme celui d’Eagulls, par exemple, qui n’est pour moi qu’une pâle copie du genre.

Acid Fast - Rabid Moon - Protagonist Music (2014)

Acid Fast – Rabid Moon

J’attendais avec impatience l’album d’Acid Fast depuis la dissolution de Big Kids il y a quelques années. Le voici, et il arrive à point. Dans un univers musical où l’on ré-expérimente la musique des années 90 sous toutes sortes de facettes différentes, allant piger des influences d’un peu partout, le quatuor du Nord-Ouest séduit par sa façon PUNK de nous rendre des petites balades courtes fortement influencés par la musique de Superchunk et autres loufoques de cette décennie. Rabid Moon devrait charmer la génération Y par ses chansons plaisantes, dignes d’un film d’ado en mal de vivre et d’un nihilisme complaisant. Ne cherchez pas plus loin, la musique vous est offert tout bonnement et ça l’en fait un excellent album à écouter dans un party de cours arrière avec ben des fixies, des chiens errants pis des veggie dogs.

Autres albums et EP marquants de 2014 de PM : Crow Bait – Sliding Through The Halls Of Fate Beach Slang – Who Would Ever Want Anything So Broken?, Merchandise – Total Nite, Seahaven – Reverie Lagoon: Music For Escapism Only,  Oktoplut – Pansements,  Conor Oberst – Upside Down Mountain,  Everybody Row – The Sea Inside,  Halfling – –,  Nai Harvest – Hold Open My Head,  The Hotelier – Home, Like Noplace is There,  Ought – More Than Any Other Day,  Sport – Bon Voyage,  Adventures / Run Forever – Split,  Amanda X – Amnesia,  Alex G – DSU,  Corridor – Un Magicien En Toi.

Les choix de Lamb

Swans - To Be Kind

Swans – To Be Kind

J’ai pris une décision lorsque le nouveau Swans s’est montré le bout du nez. Celle d’attendre l’expérience live avant de m’attaquer à To Be Kind (mis à part le single A Little God In My Hands). Je voulais me faire défoncer les tympans, voir Michael Giral virer fou sur le stage en jouant près de deux heures entre deux (trop?) longues gorgées de bière. Meilleure décision à vie et meilleur concert depuis le désormais mythique Godspeed/Neurosis à Montréal. Swans ne s’écoute pas. Swans, ça se vie. C’est une véritable expérience auditive en soi. Beaucoup de gens n’auront pas la patience d’appréhender cet album, tellement la tâche est lourde. Mais, pour un music geek comme moi, c’est une véritable olympiade. Je dois avouer que je ne connais pas beaucoup les opus qui ont précédés leur retour en 2010. Mais, après le monstrueux The Seer, Michael Gira semble avoir accompli l’impossible: créer une aventure auditive encore plus remarquable que The Seer. Il est vrai que To Be Kind est plus facile d’approche (dans une perspective de Swans, évidemment), mais détrompez-vous, il n’est pas moins complexe ou moins bien travaillé. C’est seulement l’aboutissement d’un musicien hors pair qui a décidé de repousser ses propres limites en vous offrant un véritable chef d’œuvre musical. Oui, ça sera probablement mon numéro 1 de l’année. À moins que Godspeed en sorte un petit nouveau, là, on jasera…

Écoute un extrait par ici : http://youtu.be/I2bMsYb9P-k

Have a Nice Life - The Unnatural World

Have A Nice Life – The Unnatural World

Je ne commencerai pas à vous compter ma vie les copains-ines, mais cet hiver fût particulièrement difficile pour votre Lamb. Ca n’allait pas ben. Pentoute même. Durant cette même période, Have A Nice Life ont décidé, comme par magie, de sortir un nouvel album. Ce qui n’est pas nécessairement une bonne chose en soi, étant donné que leurs albums sont tellement dépressifs. Au début, ça ma emmené au fin fond du baril, carrément. Mais tel un junkie qui essaie de s’en sortir, faut toucher aux fonds pour remonter la pente. Cet album là m’a donc permis de sortir de mon cocon hivernal pour affronter la vraie vie, celle qui nous réveille à tous les matins à coups de cadran brutal pour aller gagner notre pain quotidien, histoire de survivre à cette société de merde là. Bref, à chaque fois que je réécoute The Unnatural World, je repense qu’il va toujours avoir des moments moches, mais qu’au bout du compte, on peut toujours s’en sortir avec un petit coup de pouce pis un petit coup de pied au cul. Merci Have A Nice Life d’être aussi deep.

The Great Sabatini - Dog Years - Solar Flare Records (2014)

The Great Sabatini – Dog Year

Probablement un des albums que j’attendais avec le plus d’impatience. Pourquoi? Parce que The Great Sabatini font pas mal partie de mes chouchous locaux et surtout que Matterhorn, leur dernier album, avait pas mal tourné sur ma platine. Dog Year c’est une nouvelle tournure pour TGS. Le côté sludgy est un peu moins présent, mais ça rentre tout autant au poste. On sent, sur l’album, l’influence des Melvins. C’est beaucoup beaucoup plus sale. Plus noisey. Ce qui est encore mieux, c’est qu’on n’est pas trop perdus en écoutant Dog Year, notamment grâce à la distorsion des guitares si particulière à TGS. L’album est tellement bien structuré, voire plus complexe. Que dire de la production de Sean Pearson (Cursed), qui est impeccable. Cet album confirme tout ce que je pensais de The Great Sabatini depuis des années: il s’agit tout simplement des rois de la violence à Montréal.

EPs : Thee Nodes / Naughty Girls – Split, Hashed Out – Éponyme, Corridor – Un Magicien En Toi.

Les choix d’Oli

Thou / The Body - Released From Love

Thou/The Body – Released From Love

À une époque où l’individualisme atteint des records de ventes, c’est réjouissant de voir des esprits créatifs s’unir le temps d’une collaboration sulfureuse. Il faut dire que les albums respectifs des groupes (Heathen de Thou et I Shall Die Here de The Body) paru plutôt cette année, constituent de véritables monuments qui marqueront l’histoire à coup sûr. L’alliance de ces deux entités engendrent les étincelles qui allument l’amour féroce nécessaire à la survie de la planète. Le côté givré des deux clans se voit extirpé dans une copulation magistrale donnant naissance à une forme mutante de lourdeur rarement égalée. Symbiose élégante donnant l’impression de faire demi-tour  pour quitter lentement le couloir de la mort, doutes en tête, sachant que la liberté absolue n’est qu’un mythe. Est-on en présence d’une révolution en matière de musique agressive? Je répondrai par un oui définitif. Un second rejeton devrait voir le jour éventuellement pour le plus grand bien de l’humanité. Oui, l’amour existe encore!

Svffer - Lies We Live

Svffer – Lies We Live

Je ne me suis pas encore remis de la commotion causée par le violent choc du premier avertissement lancé l’année dernière. En seulement quatre offensives, le quatuor allemand m’a littéralement détruit. La reconstruction étant ardue et pavée d’embûches, voilà que la menace débarque telle un missile pour venir m’achever. Svffer délivre une attaque massive en treize actes sans même laisser le temps à sa victime de respirer. Un acharnement vitriolique d’une puissance exquise, propre au surnaturel. La réponse sans fioriture à la déchéance sous toute ses formes. Lies We Live propose l’antidote idéal à un monde ou hypocrisie, corruption, fraude et superficialité règnent en maîtres.  La ferveur avec laquelle la chanteuse Leonie déverse son venin peut allègrement faire disparaître automatiquement tous les adeptes maudits du machisme et du patriarcat. La réhabilitation devra désormais s’échelonner sur plusieurs années.

Godflesh - Decline And Fall

Godflesh – Decline and Fall

À l’instar de Michael Gira pour Swans, Justin K Broadrick et BC Green ont attendu le bon moment pour réactiver le monstre sacré qu’est Godflesh. Après maintes exercices ritualistiques en publique, le duo infernal revient à la création pour la première fois en 13 ans. Il faut rester calme, respirer par le nez, contrôler son rythme cardiaque, repousser l’impulsivité, tester sa patience. Dès les premiers instants de Ringer, le sirop qui coule dans tes veines devient tire, laissant ton corps sans défense se figer paisiblement. Lorsque la pièce titre s’évapore brusquement, on est laissé pour compte, sans pitié. Cette froideur glaciale portant une grisaille palpable se retrouve constamment soutenue par du béton armé d’une pesanteur intimidante. En seulement quatre titres, on revit des émotions que l’on croyait disparue à tout jamais. Et ce n’est que prémisse au déploiement total annoncé pour septembre. En 2014, Godflesh dérange toujours autant qu’un film de Gaspar Noé conservant leur statut inébranlable d’agent innovateur.

Accidente - Amistad Y Rebelion

Accidente – Amistad y Rebelion

Le second opus de cette charmante formation en provenance de Madrid plombe en soleil radieux sur un monde en chute libre. Chaque morceau nous plonge en mode estival où l’esprit festif de communauté rayonne à merveille. Décompresser, faire table rase de toute cette frustration, pression, qui nous hante constamment. Conséquence directe d’un système contrôlant où, pouvoir abusif et soif mercantile contribuent à nous rendre esclave, anéantissant notre qualité de vie à petit feu. Amistad y Rebelion possède tout le dynamisme nécessaire pour faire fondre la po-po et réduire l’état en pièces. Laissant planer une aura mystérieuse légèrement inquiétante à travers son art, Accidente est atteint de la même hargne positive que ses comparses européens Gorilla Angreb, Masshysteri ou encore Kalashnikov. Contagieux, donc. Nos étés ne seront plus jamais les mêmes. Viva la revolucion!

USA Out Of Vietnam - Crashing Diseases And Incurable Airplanes - New Damage Records (2014)

USA Out Of Vietnam – Crashing Diseases and Incurable Airplanes

C’est finalement cette année que la première oeuvre de la troupe montréalaise voit le jour. Fort réconfortant de pouvoir y ressentir des émotions similaires à celles véhiculées lors des hypnotisantes prestations scéniques de l’ensemble. Crashing Diseases and Incurable Airplanes possède la capacité de nous faire voyager tout en nous gardant les pieds cloués au sol. Pendant cette traversée transcendantale, on rêve sans relâche, pleure à chaudes larmes, on se perd dans le temps, on plane, on jubile. C’est la suite logique de l’ère 1968-72 du géant Pink Floyd baignant dans la sauce éthérée et lugubre islandaise de Sigur Ros. Le tout est davantage épique que la fameuse scène d’exécution dans Braveheart. Oui, celle où Mel Gibson crie à s’en époumoner : FREEEDDDOOOMMM!

Les choix de Raph

Nothing - Guilty Of Everything - Relapse Records (2014)

Nothing – Guilty of Everything

En cette mi saison je tâcherai d’être conséquent envers vous tous, lecteurs : j’assume entièrement et fièrement ma dépendance envers la musique de Nothing et surtout, je me fiche complètement de comment je ferai pour m’en sortir. Pour être franc, je dois reculer jusqu’à très loin dans le temps pour me remémorer être tomber autant en amour avec un album. Et cet amour, c’est un peu un concours de circonstance. Les projets et ambitions n’aboutissant pas à une vitesse très fulgurante au cours de l’interminable hiver dernier. Afin de remédier à mon mal, je me suis trouvé à travers cet album un refuge personnel où filtrer toutes les frustrations qui m’accaparaient. Depuis sa parution, nombreux sont ces soirs où je compte seulement sur les premiers balbutiements de Hymn to the Pillory pour combattre l’amertume, pour aider à dépeindre mon univers environnant afin de m’imager quelque chose de beaucoup moins laid et de plus chaleureux. Du début à la fin, on vit une introspection à travers deux voix désaltérantes et un mur de son d’instruments qui se résulte en un tout shoegaze et punk magnifiquement bien dosé. J’ai lu des tonnes de critiques traitant de l’expérience (quelques bonnes mais aussi de très moches) mais moi, tel un profond amour indescriptible, j’ai encore un mal d’enfer a mettre sur papier tout l’émerveillement que suscite chez moi Guilty Of Everything depuis sa sortie en mars dernier tellement il m’est personnel. Si vous hiberniez ces mois passés et que vous n’étiez pas au courant de l’engouement autour de ce chef d’œuvre, il serait à peu près temps que vous vous y mettiez.

Merchandise / Destruction Unit / Milk Music - Split LP

Merchandise / Destruction Unit / Milk Music – Split LP

Je croyais pertinent de faire mention de cet album pour plusieurs raisons. D’abord, on assiste a une alliance de ce qui se fait de mieux en Amérique du nord en terme de rock / psychédélique. Puis, il y a No You And Me et Figured Out, les deux magnifiques pièces livrées par la formation floridienne Merchandise, qui nous laisse en haleine en prévision de leur prochain album, prévu notamment pour la fin de l’été. Si ce groupe vous est inconnu, leur son rock britannique riche en texture et en émotions fortes risque d’en surprendre plus qu’un. Enfin, je dois à cet album l’agréable découverte offerte sur un plateau d’argent du groupe punk/psychédélique Destruction Unit du Texas. Immédiatement après avoir vécu l’expérience D-Unit proposé par l’album, deux chansons démentes déferlant à un rythme infernal,  la découverte de cet orchestre devenait une priorité pour moi et mes oreilles et comme de fait, je ne suis maintenant plus capable de me passer de leurs riffs. Comme rien n’est parfait et question de goût, je suis moins fan de la chanson et des deux reprises suggérées par Milk Music, que je ne connaissais pas non plus d’ailleurs. Mais comme à la fois les chansons de Merchandise et de Destruction Unit sont pas mal mes deux plus grosses révélations en cette première moitié d’année, cette parution s’élèvera fort probablement dans mes tops pour 2014. J’annexe en lien juste ici plus bas la plus qu’excellente chanson No You And Me de Merchandise.

http://youtu.be/Byq8sLY-rZc

Les choix d’Aurélien

Steve Adamyk Band - Dial Tone - Dirtnap Records (2014)

Steve Adamyk Band – Dial Tone

Ceux et celles qui me connaissent un peu savent combien j’étais impatient de voir sortir cet album. Et je n’ai pas été déçu! Desservis par un artwork vraiment très chouette (surement le plus réussi parmi l’ensemble de leur discographie), les 13 titres qui composent Dial Tone sont dans la lignée de ce que le groupe nous propose depuis plusieurs années, à savoir un excellent power pop punk dans la veine de Marked Men ou The Exploding Hearts. Un album dont la sortie vient parfaitement accompagner le début de l’été, et qui se révèle vite addictif. Quelques arrangement bien sentis à base de lignes de claviers viennent même rappeler l’ère Sedatives, ce qui n’est pas pour déplaire!

The Estranged - Éponyme

The Estranged – Éponyme

Ce troisième album, sorti sans surprise sur Dirtnap Records, confirme le goût certain de la formation de Portland pour les titres épiques et les mélodies post-punk acérées. C’est en tout cas l’impression que j’ai eu dès la première écoute de cet album éponyme. En creusant un peu, on réalise finalement que le groupe a légèrement durci le ton : c’est plus sombre, plus brut que ce a quoi nous a habitué le trio jusque là. Ça ne m’a malgré tout pas empêché d’écouter l’album en boucle durant ces derniers mois, tant les titres Forever Been Erased, Fatalist Law et Languid Sky (et son solo implacable !) témoignent d’un songwriting de haute volée. Un album à mon sens crucial dans la discographie du groupe.