[ENTREVUES] Avec Lonely Animals et écoute de leur premier album

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La date du 20 août 2014 restera encrée à jamais dans la mémoire des membres de la jeune formation Lonely Animals. Le quatuor screamo québécois, actif depuis maintenant un an, livrait enfin le fruit de ses efforts : un album de cinq chansons débordant d’émotions palpables, accompagné d’un percutant vidéoclip. Vendredi dernier, on a eu la chance de s’entretenir avec les quatre sympathiques membres de la formation : Gabrielle, Lou Manuel, Jean-Christophe et Gabriel, le tout via une conférence vidéo, afin de discuter du processus de création derrière le matériel. Vous remarquerai notamment que derrières ces âmes tristes se cachent également de jeunes musiciens fougueux, remplis d’ambitions mais, surtout, fiers de présenter au monde entier un produit autoproduit de A à Z. On vous suggère également une écoute intégrale de l’album afin d’accompagner votre lecture.

Pourriez-vous me dire qui a eu l’idée de former Lonely Animals? Dans quelles circonstances vous êtes-vous connus et comment en êtes-vous venus à jouer de la musique ensemble? 

Manu : Moi, Jean-Christophe et Gabriel avions déjà eu un band metalcore ensemble dans nos jeunes années. Lorsque le groupe cessa, suite à mon départ, Gab et moi nous sommes retrouvés dans une situation où nous désirions toujours jouer de la musique ensemble. Un jour, Gabriel et moi avons décidé de recommencer à jammer ensemble. JC habitait à Montréal dans ce temps-là… nous l’avons donc appelé et lui avons demandé « Voudrais-tu redescendre vivre…, vivre la musique avec nous? » [Rires]

Ok, donc, il est descendu de Montréal strictement pour jouer de la musique avec vous?

Manu : Exact. Au début, nous prenions une enligne hardcore mélodique à la Defeater, Modern Life Is War, des groupes comme ça. Finalement, nous avons assez rapidement évolué vers un autre son, puis ça s’est tranquillement construit de même… Gabrielle, elle, s’est ajoutée plus tard. Nous avions un autre bassiste avant, qui est un très bon ami à nous, mais avec qui ça marchait plus ou moins. Nous avions également un autre chanteur, qui est demeuré, lui aussi, un très bon ami et qui agit un peu comme le « papa » du band; aujourd’hui il n’est plus là, mais nous aide encore de près ou de loin.

Y a t-il une signification particulière dissimulée derrière le nom du groupe?

Gabrielle : Mis à part le fait que nous aimions beaucoup Braveyoung, [Rires] … en fait, ça vient d’un titre d’album de Braveyoung.

JC : Avec le temps, le nom Lonely Animals a un peu prit sa place au sein de nous, dans le sens que ça représente un peu qui nous sommes en temps que band et personnes, puis ça rejoint nos types de personnalités. Ça rejoint nos paroles et l’espèce de sentiment que j’ai quand je joue cette musique là, dans le sens… on évolue seul dans ce monde là. Quand je dis « on », je parle de la scène en général. On est une communauté à part et je nous trouve un peu comme ces animaux solitaires, à travers le monde.

Vous dévoiliez, mercredi passé, l’entièreté de votre nouvel album Let This Love Lives Until I’m Gone. Était-ce la première fois que vous jouiez ces chansons en spectacle? 

Gabrielle : En fait, c’est exactement le même set que nous jouons depuis que nous avons commencé à faire des spectacles. Lorsque tu nous as vu, en janvier dernier, c’était ces chansons, dans le même ordre. Mais, cette fois, nous avons ajouté l’introduction et l’interlude de l’album au spectacle.

Cet album a été produit et enregistré par vous-même. Quelle est l’importance, pour vous, de l’autogestion et du fait-soi-même? 

Gabriel : C’est moi qui a pris l’initiative d’enregistrer l’album, puisque je possédais déjà un peu de matériel d’enregistrement. Pour nous, l’idée était de se distinguer quelque peu de l’industrie musicale moderne du moment. Tous les groupes sonnent pareils, tout sonne hyper compressé. Les chansons…, peu importe le groupe que tu écoutes, les albums peuvent sortir en un mois seulement et être super-produits. Nous avons donc voulu faire différent, faire à notre manière. On a voulu que ça ne nous coûte pas trop d’argent et, au final, on y a mis beaucoup de temps. La musique, je crois, est rendue une trop grosse industrie. Il y a trop de monde qui s’occupe de ça et, selon moi, c’est un peu plus personnel que ça, de jouer de la musique. Nous avons donc essayé de créer notre propre son, mettre tout l’amour et la patience que nous avions dans ce projet là. De là l’importance de faire le recording par nous-mêmes, ainsi que le mastering et même un vidéoclip. Je ne prétends toutefois pas que notre album soit parfait, loin de là, mais la manière dont je l’ai produit et dont il a été enregistré était pour moi très importante, car il a été enregistré live.

Oui, d’ailleurs, parlons-en de ce dernier. Est-ce que votre récent vidéoclip sur la chanson Dead Birds Don’t Sing a également été produit par vous même? Quand a-t-il été réalisé?

JC: Pour être franc avec toi, nous l’avons fait trois jours avant que l’album sorte. J’ai étudié en cinéma et Gabriel, tout comme moi, trippe fort sur le cinéma, la photo, le vidéo, etc. Donc, nous nous sommes dits : pourquoi ne pas rallier nos forces afin de mettre des images à notre musique? En fait, nous voulions faire ça dans un style un peu cinématographique. Dans le sens que nos chansons sont assez longues et qu’il y a beaucoup de changements de tempos et de mélodies qui viennent chercher beaucoup d’émotions. Donc, de mettre des images dans ce style là, ça vient comme accentuer l’émotion, ça vient chercher tous nos sens. L’album représente aussi une histoire d’amour entre deux personnes, et la chanson du clip Dead Birds Don’t Sing représente la fin de cette histoire, et aussi la fin de l’album.

En effet, les images sont définitivement percutantes. Selon moi, c’est mission réussie.

JC : Merci!

Comment s’est déroulé le processus d’écriture des chansons? Comment est-ce que chacun des membres est parvenu à mettre sa touche personnelle à la sonorité globale de l’album?

JC : De la façon dont ça s’est pas mal toujours passé, c’est Gabriel et moi qui arrivons avec une base de chanson qu’on trouve solide. Manu, lui, vient ajouter sa touche, disons… Manu et moi, à la base, n’avons pas la même vision, ni la même façon de composer et d’écrire des riffs, mais nous pensons que c’est cette formule là qui donne un beau mélange au bout du chemin. Gabrielle, elle, nous a réellement surpris lorsqu’elle s’est mise à jouer de la guitare sur sa basse, une agréable surprise! Quand nous avons vu ça la première fois, nous nous sommes dit : « Shit, on a vraiment de quoi de pas mal entre les mains! »

Les paroles retrouvées sur l’EP m’apparaissent très dépressives. Serait-ce possible de m’expliquer qu’est-ce qui a motivé l’écriture de ces textes et quel est le message à comprendre derrière l’album?

Manu : En fait, je crois que la musique est un bon échappatoire. Elle aide à sortir son lot d’émotions, surtout en ce qui a trait à la musique dans le genre que nous jouons. C’est un peu un miroir de moi-même, de mes pensées. Il faut préciser, toutefois, que ce n’est pas moi qui écrit tout. JC a aussi écrit des chansons, notamment Love Poetry et Saddest Landscape. Tout vient naturellement tu sais, nous sommes des gens bien smatts, mais parfois tristes en même temps.

Une question sur le visuel de l’album : Comment s’est passé le processus, qui est l’artiste derrière celui-ci?

Manu : En fait, nous aurions vraiment voulu sortir quelque chose par nous-même. Nous avons pioché de tout bord tout côté, mais en vain. Un moment donné, on gossait sur Tumblr et sur des Deviantart, et nous sommes tombés sur un artiste de Chine nommé « Mojo », un gars qui dessine des bandes dessinées muettes en noir et blanc. C’est vraiment lourd et dépressif ce qu’il fait et en feuilletant ses BD, je suis tombé sur l’image d’une fille avec des papillons; je trouvais ça tellement beau! Je voulais vraiment avoir ça comme artwork. On a pensé prendre l’image incognito et comme, lui voler, mais on s’est finalement dit que ça serait vraiment cave de faire ça! [Rires]

Donc, au lieu de faire ça, on s’est essayés. Je l’ai contacté et je lui ai dit qu’on était des jeunes musiciens, qu’on étaient pauvres, que c’était notre premier EP… du premier coup, il nous a donné l’autorisation de prendre l’image. Éventuellement, nous utiliserons probablement d’autres images provenant de son travail.

Autre que vous, Lonely Animals, pourriez-vous m’indiquer qui sont les principaux acteurs de la relève screamo en 2014?

Manu : La scène screamo est, selon moi, basée à Montreal. Il y a tout pleins de bons bands dans cette ville là; Discord Of A Forgotten Sketch, Expectorated Sequence et Nous Étions, notamment. Puis, tu sais, c’est une petite communauté et ça restera toujours ainsi, en tout cas je l’espère… À l’intérieur de ça tout le monde s’aime, les bands sont bons, les gens sont gentils et se supportent, tout le monde s’entraide, tout le monde est chum, il n’y a aucun élitisme, tout le monde t’invite. Nous nous sommes fait pleins d’amis dans cette scène là et je crois que c’est ce qui rend l’expérience aussi belle.

JC : Je vais résumer ce que je pense de cette scène là en une phrase. Nous sommes tous du monde tristes, mais qui s’aiment tellement au fond…

Seriez-vous capable de me dresser une liste de cinq albums essentiels à placer dans la trousse du jeune screamo contemporain? 

JC : Je vais commencer à répondre à cette question là. Le premier essentiel qui me vient en tête c’est Riala de Suis La Lune. Cette album là est beaucoup trop bon et me trouble énormément.

Gabriel : Pour moi, c’est un album qui est encore plus récent que ça. Selon moi, le meilleur album du screamo contemporain est Mappō  de Sed Non Satiata, qui est un groupe européen, et cet album là est très progressiste; un mélange de screamo et de musique assez lourde, post-rock par moment.

Manu : Pour moi ce serait Daïtro – Laissez vivre les squelettes, encore un band français. Cet album là est le premier truc screamo européen que je me suis fait présenter et j’ai réellement capoté. La lourdeur, comme le ton de la voix, les paroles, juste le débit de la voix du gars qui chante et la façon dont les riffs sont bâtit… c’est tellement lourd. C’est vraiment mon repère côté screamo dans le moment, même si ce qu’on joue c’est pas mal loin de cette musique là. C’est pas mal mon band préféré du genre.

Gabrielle : Il y’a plein d’albums qui me viennent en tête, mais j’irais avec American Football – American Football. Je pense que c’est un album qui aurait pogné en 2014 autant que dans son temps. La production est vraiment bonne pour un album sorti dans les années 90.

Quels sont les objectifs à moyen-long terme du groupe?

JC : On veut partir sur la route, peu importe ou. Le rêve, présentement, pour le groupe, c’est de voyager grâce à notre musique. Personnellement, je pense que c’est le temps de le faire. Je ne suis pas pris dans rien et je ne veux pas être pris dans quelque chose avant d’avoir fait quelque chose avec ma musique. Je suis prêt à tout pour le groupe, je pense que tout le monde le savent et, également, que nous sommes tous sur la même longueur d’onde.

C’est déjà la fin, avez-vous autre chose à adresser aux gens qui liront cette entrevue?

Manu : Checkez Back & Forth, on n’haït vraiment pas ça et on a hâte de jouer avec eux en septembre.

C’est réciproque Manu, merci gang, à bientôt!