[CHRONIQUES] Retour sur la tournée européenne de Black Love – I

la tournée européenne de Black Love

Bonjour, je m’appelle Charles et je joue de la basse dans Black Love. Du 18 septembre au 5 octobre dernier, on est allé faire douze shows en Espagne, en France, au UK, en Allemagne, en Belgique et en Suisse. On a beaucoup aimé ça et j’ai décidé de raconter ce qui s’est passé. Voici un compte rendu de la tournée de mon point de vue.

J’avais vraiment beaucoup de difficulté à scorer une van à un prix raisonnable malgré les efforts que tout le monde mettait pour nous aider à en trouver une.

La seule offre “raisonnable” venait de Fluffwheels, une compagnie de Prague. Pour un tout petit peu plus que 100 euros par jour, ils nous prêtaient une grosse Ford avec une moitié de backline et pas de conducteur (Simon et moi allions se partager la tâche et on allait devoir s’arranger à chaque show pour trouver l’équipement manquant). J’étais sur le point de dire “oké” quand le gars de Fluffwheels m’annonce que -évidemment- il fallait aussi qu’on paye les frais de transport en avion du gars qui allait venir nous reconduire le camion en France aller et retour. Cette information de dernière minute faisait doubler le prix de la première estimation. C’était dramatiquement plus dans nos moyens. Le gars a été compréhensif quand je lui ai expliqué qu’on n’était pas les Voodoo Glow Skulls.

Clément, de Bokanovsky, a complètement booké les sept premières dates de la tournée et m’a été d’une aide précieuse lorsque j’avais des inquiétudes ou angoisses à propos de n’importe quoi durant le planning du tour. Il a toujours été très soucieux que tout se passe bien pour nous tant dans l’organisation que durant notre séjour là-bas. Lorsque je lui ai expliqué nos problèmes de van, il a pensé à Leki.

Leki fait parti d’un collectif qui fait vivre la scène DIY de Rijeka en Croatie. Clément s’est lié d’amitié avec lui à force de le côtoyer à chaque fois qu’un de ses groupes (Bokanovsky, Grand Détour, Child Meadow) passait par là en tournée. Leki possède une van Iveco 9 places et à l’occasion, il l’utilise pour conduire des groupes en tournée. Quand il a reçu le e-mail de Clément expliquant notre situation, il a accepté. Ça été un soulagement vraiment important car pour un peu moins que la moitié du prix que nous faisait Fluffwheels, Leki allait nous conduire partout. Ça enlève beaucoup de pression de savoir que tu vas pouvoir passer 100% du temps à chiller dans la van, et que tu seras pas celui en charge de nous sortir d’une forêt hantée en plein brouillard à trois heures et demi du matin dans le Sussex. On s’en reparle.  

Let's fucking do this

La première étape du périple était quand même énorme. On prenait notre vol le vendredi soir à 23h20 à Montréal. Ça nous faisait arriver à Marseille à 12h50 le samedi. Le spectacle était à Zaragoza, à huit heures de route. Leki nous attendrait le pied sur la suce à l’aéroport. On crisserait nos guitares dans la van et on décâlisserait immédiatement, à la seconde où on arrive. Ça s’est passé presque comme ça. Je n’avais jamais vu Leki (il n’est pas très facebook) mais on s’est tout de suite spottés dans l’aire des arrivées. On s’est dit bonjour et couru vers la van.

VanIl était 14h00 quand on a investi la grand-route.

C’était strict: le spectacle devait se terminer à 22h00 à l’Arrebato. Leki pensait vraiment pas qu’on allait réussir à se rendre à temps, le GPS indiquait que l’heure d’arrivée était 22h30. On a un peu insisté pour “au moins essayer” ce à quoi Leki a répondu “Fuck it! Let’s fucking do this!”. 

Tsé, quand ils disent “Ah faites attention aux péages sur les autoroutes c’est cher”, toi tu te dis “bien oui des péages on sait c’est quoi y’en a aux USA c’est jamais si pire que ça”.

Crisse.

Premier péage, 8 euros, ça va. Deuxième péage, trente minutes plus tard, 28 euros, euh wait-what vingt-huit euros? Troisième péage, deux heures plus tard, 49 euros. Quarante-neuf euros, pour vrai? Faque c’est ça, les péages. C’est de même en Espagne, en France et en Italie. Pas au UK, ni en Allemagne, ni en Belgique, ni en Suisse.

Aussi, c’est totalement OK pour les passagers d’une van de se déguster quelques bières de route (BDR) en Europe. L’important, c’est que le conducteur ne soit pas chaud lui-même. C’est logique. Je ne voulais pas passer sous le silence cette particularité intéressante.

On a bien fait de décider d’y aller. Plus on avançait, plus le temps d’arrivée estimé diminuait sur le GPS. On était rendu à 21h59. On comprenait que malgré nos beaux efforts, on aurait sûrement plus le temps de jouer, mais on continuait à se diriger à toute vitesse vers la venue avec un enthousiasme, un optimisme et une euphorie qui n’était pas sans rappeler la scène finale du film de jamaïcains en bobsleigh.

On reçoit un texto de Clément à 21h50, il nous dit que tout le backline est prêt sur le stage et que si on arrive promptement, on aura juste à se brancher et jouer, mais qu’il fallait se grouiller. Rendu au moment de sortir de l’autoroute, le GPS s’est mis à nous causer des problèmes. Fuck, le GPS nous dit maintenant qu’on va arriver à 22h10. On se dit “mautadine, quel dommage, ils pourront pu nous attendre”. 

À 22h14, on tourne dans la ruelle. Les gens qui assistaient au show étaient tous dehors et se sont mis à applaudir à tout rompre dès que la van a tourné le coin. C’était quand même vraiment spécial. On nous attendait il faut croire, puisque vu les circonstances exceptionnelles (ils connaissaient l’itinéraire de fou qu’on venait de se farcir), ils ont décidé de déroger de leur règlement et de nous laisser jouer. On s’est installé en 6 minutes pis on a joué les tounes en rafale. Entre le moment où on est sorti de la van et la fin de notre set, il s’est écoulé 30 minutes. On ne s’était pas proprement délié les jambes depuis qu’on était entré dans l’avion à Trudeau, 19 heures plus tôt.

Ce soir là, on allait dormir chez Adrien et chez Jérôme, qui ont leur appartement sur le même palier. Ces appartements sont situés à deux pas d’un grand parc et ce soir là au parc, il y avait des festivités entourant le vingtième anniversaire d’une station de radio de gauche qui fait jouer de la musique underground.

On a décidé d’y aller. L’idée de boire “DES LITRES DE BIÈRE”, dixit Jérôme, dans un parc nous plaisaît. Il y avait vraiment plein de monde et c’était la fin d’un spectacle “afro-ska” sur la scène extérieure.

Effectivement, ils vendaient des verres d’un litre de bière sur place. On en a profité pour faire plus amples connaissances avec Clément, Pierre, Coco et Vincent de Bokanovsky, qu’on côtoyait pour la première fois, ainsi qu’avec nos hôtes espagnols. On est resté au parc jusqu’à environ 04h00. Il y a eu au moins trois anecdotes cocasses que je peux extraire de cette soirée:

  • Je marchais pas loin derrière JF et Jérôme, et là JF en est venu à raconter que tsé, sa chatte, elle s’appelle Amanda Woodward. Jérôme lui demande s’il est fan de la série Place Melrose et il lui répond que tsé non, c’est parce qu’il est un grand fan du band français Amanda Woodward. Faque Jérôme le regarde et y’a comme un petit malaise et finit par lui dire que c’est lui, Jérôme, le chanteur de Amanda Woodward. JF a blêmit un peu et la conversation s’est poursuivie.
  • On a rencontré Manuel. Manuel est un enthousiaste showgoer qui est né dans le sud de l’Espagne mais qui fait présentement ses études en ingénierie à Zaragoza. Il était vraiment vraiment de bonne humeur ce gars-là. Il nous a expliqué qu’il était tombé amoureux d’une québécoise en voyage qui s’appelait Stéphanie quand il était plus jeune. J’ai pas tout compris de l’histoire mais en résumé, il était vraiment amoureux de cette Stéphanie et n’a jamais eu la chance de lui dire qu’il ne voulait pas qu’elle reparte ou quelque chose du genre. Et là il a complètement perdu sa trace. Il nous a demandé d’essayer de la retrouver pour lui passer son message. Cette Stéphanie avait vraiment l’air d’une personne magique selon ce que Manu nous racontait. Malgré le fait que ça peut avoir l’air compliqué de localiser une Stéphanie au Québec, Janic l’a déjà trouvée sur Facebook et on se demande comment on va s’attaquer à la situation. À suivre.
  • Un des gars qui servait les litres de bière, Kiko, portait un t-shirt de Scum. Janic l’a interpellé, dans le genre “heille tu portes un t-shirt d’un des premiers bands hardcore de Montréal c’est pas pire”. Kiko a répondu que oui, quand il habitait à Montréal, il travaillait dans une shop de vélo (cycloman ça se peut tu?) et que son boss lui avait donné le t-shirt. Finalement, Kiko nous a demandé c’était quoi notre problème de lui parler en anglais, et il s’est mis à nous parler en québécois en sacrant pis toute avec son accent espagnol. C’était pas mal cool. On s’est rendu compte qu’il était probablement sur la pinotte.

On s’est couché vers 05h00. Juste avant, j’ai appris quelque chose de complètement stupéfiant sur Jared. Ce gars-là, notre Jared national, né un 29 février évidemment, est EN PLUS le fils de Sonia Sarfati. Pourquoi il nous l’avait pas dit avant? SONIA SARFATI! Ça fait deux semaines et je commence à peine à m’en remettre. Tsé, Sonia “les frais de ce reportage ont été payés par Warner Bros” Sarfati, mais surtout Sonia “Tricot, piano et jeu vidéo” Sarfati! En tout cas.

Il fallait se réveiller tôt le dimanche matin car la route vers Tarbes était longue. Originalement, on devait jouer à Bordeaux à l’Oukaze, un squat qui s’annonçait super sympathique, mais les occupants ont été expulsés la semaine précédant le spectacle et l’évènement a été annulé. À quelques jours de préavis seulement, Tonton Jean-Louis, bon ami des Bokanovsky, qui est tenancier du Celtic Pub à Tarbes, a accepté de nous sauver notre dimanche en nous faisant jouer en formule 5 à 7. C’était comme ça car il y avait déjà un spectacle prévu le soir à 20h00. Ouais, un spectacle de noise. À Tarbes. Et nous en 5 à 7 juste avant. C’est très curieux qu’on a quitté Zaragoza à 09h00. On n’était pas encore tout à fait remis de notre vol et de notre précédante nuit blanche. Dans le fond je vais le dire tout de suite, on s’en est jamais vraiment remis de toutes les deux semaines. 

Tarbes

La route vers Tarbes comprenait un passage dans les Pyrénées. C’est évidemment très difficile d’exprimer avec des mots et des photos prises d’un véhicule en mouvement comment c’était magique de traverser des paysages désertiques, grimper à 1000 mètres (c’était peut-être 3000 je sais pu) sur des petites routes qui serpentent, passer au travers des petits villages de montagne, traverser un tunnel et voir un climat et une flore complètement différente rendu de l’autre côté. On a pas mal trippé honnêtement. Highly Recommended! Comme dirait un blogueur sur tous les albums qu’il a reviewé récemment.

On est arrivé à Tarbes vers 15h00 et Janic et moi on avait un petit creux donc on est allé se promener à la recherche d’un gigot d’agneau ou d’un ragoût quelconque. C’est pas évident de rencontrer une âme qui vive un dimanche après-midi à Tarbes. On a trouvé ni gigot, ni ragoût. On s’est trouvé un sandwich. J’en ai donné une moitié à Jared pour le féliciter d’être le fils de Sonia Sarfati. On a aussi appris que l’habitant de Tarbes est un tarbais et ça nous a beaucoup plu.

Il s’est passé quelque chose de drôle lorsque j’étais avec Janic dans les rues de Tarbes. Y’a une madame qui nous a approché avec de très très grands yeux. “Excusez-moi, vous êtes Canadiens?

  • Ouuuain..?
  • C’est parce que ma fille est actuellement au Canada.
  • D’accord.
  • Depuis qu’elle me parle des canadiens, je rêve d’en rencontrer un!
  • Ah bon, on peut dire que vous tombez bien.
  • Est-ce que je peux vous toucher?
  • Euh, oké.” Elle tâte un peu Janic. “Bien, merci messieurs. Au revoir.”

Voilà, on peut dire que cette dame-là avait la vie de son côté. Être musicien en tournée, c’est aussi vendre du rêve.

De retour devant le Celtic Pub, Tonton Jean-Louis est arrivé, a débarré la porte, et n’a pas pris beaucoup de temps avant de commencer à nous servir des 25 cl de Stella Artois. Bokanovsky ont joué à 17h00, nous à 17h45. Les murs de bois et les milliers de livres qui nous entouraient ont créé une acoustique exceptionnelle et une ambiance feutrée qui fittait super bien avec le coucher du soleil. Meilleur son de la tournée: à Tarbes. 

Celtic Pub

On a compris par la suite que le spectacle de noise dont il était question ce soir consistait en un groupe hétéroclite de 4 personnes, dont trois sexagénaires hippies, et dont deux membres sur les quatre n’avaient jamais vu les deux autres auparavant. Ils se rencontraient pour improviser du bruit. Ils avaient toutes sortes de cossins, par exemple un body de guitare mais ils ont remplacé les cordes par des gros ressorts rouillés. C’était drôle, ben tranquille. Certainement pas inoubliable.

Un artiste Noise par Jared

Les Boka et nous nous sommes dirigés vers la place publique de Tarbes pour manger des pizzas. J’ai pris la pizza texane et si quelqu’un est capable, j’aimerais vraiment qu’on m’explique c’est quoi le lien entre les merguez et le Texas.

En revenant, Tonton Jean-Louis semblait un peu fâché qu’on soit allé manger de la pizza au parc alors qu’il avait préparé une chaudrée de lentilles avec amour. J’ai poliment mangé quelques cuillérées de lentilles. Avec du sel c’est pas si pire. On a appris à connaître un peu les hippies sexagénaires noises.

On couchait tous au-dessus du bar. Il y a deux appartements à la disposition des groupes qui viennent jouer au deuxième étage. Ils nous ont pas mal jasé ça. Les discussions prenaient toutes sortes de directions: on a eu droit à une leçon d’histoire romancée de la période des rois, l’un d’eux s’est avancé à essayer de nous expliquer des théories de photons, non pas sans faire sourciller notre scientifique Simon, qui préférait le laisser nous raconter ses histoires plutôt que d’intervenir pour le corriger dans ses théories un peu trop approximatives et fantaisistes. Un autre nous a aussi dit qu’il n’avait pas eu de sexe depuis quatre ans et qu’il ne voyait pas quelle était la plus-value de “se fatiguer autant pour 4 centimètres cube de glucose”.

Ce monsieur a eu plutôt du mal à dormir cette nuit-là. Je l’ai entendu toute la nuit se promener, il passait souvent vraiment proche de moi. Il respirait. Il allait aux toilettes. Souvent. D’après moi il s’est fait aller pour les 4 centimètres cubes, mais d’affirmer ça avec certitude serait malhonnête et irait à l’encontre de tout ce qu’il nous a dit durant la soirée. Je fais juste le proposer quand même.

Mililitre de glucose par Jared

Je me suis endormi à 04h45.

On quittait super tôt car la prochaine destination était Laval (loin) et qu’en route, on avait un arrêt de prévu à Cognac, chez le beau-père de Clément, Yves, qui est un producteur de pineau de charente et de cognac.

“Heille les gars, y’a tu des Old Navy en France vous pensez?”

On a quitté Tarbes à 08h30. Le chemin était cool. On a emprunté des routes de campagne typiques, comme on se les imagine, avec des vignobles de tous les bords, et finalement on est arrivé au domaine de Yves après quatre heures de route. Il croit que sa maison date des années 1800. Une table champêtre nous attendait avec fromages, pâtés de campagne et rillettes, jambon, bouteilles de vin de Bordeaux, bouteilles de pineau de charente évidemment ainsi que des échantillons de son cognac à diverses étapes du processus de distillation. C’était vraiment super. Je me sens désolé pour ceux qui devaient conduire cet après-midi là, soit Pierre et Leki. On a visité les caves et il nous a montré ses fûts, nous a permis de comprendre comment il faisait son cognac. Ce fut un après-midi de picolage et de découvertes fort agréable.

Cognac-Angouleme

J’ai très bien dormi durant le restant du trajet vers Laval. On est passé au travers Angers, et je m’imaginais que chaque personne qui marchait dans la ville était un fan de Wank for Peace.

Laval est une drôle de petite ville. C’est super joli, les rues sont très étroites, en pierres. Une rivière la sépare en deux. Apparemment qu’il n’y a plus beaucoup de jeunes. Oui, ils ont eux aussi le Carrefour Laval. On est arrivé vers 20h00. C’est Bart qui a organisé le spectacle à la dernière minute, car le show original prévu à Nantes était lui aussi tombé à l’eau une semaine auparavant. Pas de problème, il nous a organisé un petit rendez-vous avec Calvaiire.

Avez-vous déjà vu Calvaiire?

Toute une claque. Le chanteur était un peu trop hors de lui et il frappait la pauvre petite Emma à tout bout de champ, qui devait semi regretter d’insister pour rester en avant. Il ne frappait pas juste Emma, il frappait aussi le mobilier, son bassiste (qui ne se gênait pas de le reviolenter à son tour), les morceaux d’éclairage (il a causé un cours circuit général qui a pris 15 minutes à régler en cognant son micro sur un bulbe), etc. Je crois qu’ils ont eu un band meeting tout de suite après le spectacle.

C’était dans le sous-sol d’un bar (l’Antr’2, beau nom), qui avait une ambiance de sous-sol du cercle avec trois fois moins de superficie.

Après ça, un gars dénommé Willie nous a invité à aller chez lui. Ce gars-là, un français, insistait pour toujours nous parler en anglais. On lui faisait vraiment bien comprendre qu’on préférait  s’exprimer en français, mais il revenait toujours en anglais. Puisqu’à un moment donné il faut lâcher prise, j’ai juste continué à lui parler en anglais. Ce gars-là jouait de la guitare manouche. Il ne connaissait pas les Lost Fingers.

Comment est-ce possible?

Y’a aussi un autre gars qui s’est ramassé chez Willie.

Tsé le genre de gars qui te dit “heille moi là je suis dans des bands” pis que dès qu’on arrive, sans crier gare, il va sur la plateforme informatique de Willie pour mettre les tracks de son (ses) band(s) sur soundcloud. À tue-tête. Pis que non seulement il fait ça, mais en plus il te regarde droit dans les les yeux en fingerbangant une guitare fictive pour te montrer que ça, c’est son boutte à la guitte, pis que à toutes les deux secondes il te dit “Charles écoute écoute! ça c’est mon groupe!” En tout cas y finissait par énarver. Même si son band “jazz” sonnait un peu comme du bon Toe avec une voix féminine vraiment superbe. J’me rappelle plus du nom. Juste pour y donner une leçon. Fatiguant.

Le lendemain on jouait à Caen et pour une fois, on en avait pas pour huit heures de route. Cela étant dit, il fallait quand même partir super tôt car Marc nous accueillait pour dîner vers midi. Il était rendu 04h00. On est allé se coucher car c’est important de dormir.

Vers 09h00 on était sur la route. On s’est arrêté en chemin dans une place bizarre mais sûrement normale pour le monde là-bas. J’ai mangé une tartelette aux poires. Une tartelette vraiment correcte. Dans le journal local on faisait état du concours de jeunes filles de la région. Je pense que si une jeune fille gagnait le grand prix du concours, elle devenait la reine de quelque chose. Le journal présentait les filles et l’organisatrice du concours. C’était vraiment plate à lire. Il n’y avait rien d’autre digne de mention dans le journal.

On avait rendez-vous avec Marc dans le parking de l’église du village pas loin de où il habite. 

Eglise de Caen

Il nous avait cuisiné un super riz aux courges et lui et sa blonde Jessika nous permettaient de chiller chez lui tout l’après-midi. Il habite en campagne dans un endroit vraiment cool avec grande maison rustique, une espèce de grosse grange en briques et de la belle pelouse. Il n’y a pas vraiment de voisins. On s’est parti une game de Trivial Pursuit au salon avec Jessika pendant que Marc jouait du violoncelle dehors devant ceux qui roupillonaient dans l’herbe. C’était cool. À un moment donné il a fallu partir visiter la fameuse plage du débarquement de Normandie. En arrivant à la plage, je suis allé me chercher un hot dog et c’est vraiment juste parce que la saucisse était jaune que j’en parle. 

C’était quand même assez grandiose cette plage-là. Y’a tout plein d’installations qui datent de la guerre.

On a pris pour la première fois une photo de band. Dommage que le membre fondateur Guillaume ait pas pu être là car je sais pas c’est quand la prochaine fois qu’on va se reprêter à ça. On pourra le photoshopper dedans au pire. 

Black Love sur la plage

Le show avait lieu au Bocal à Caen. Le Bocal est un espace tenu par des enthousiastes de la scène diy situé pas mal à l’extérieur du centre de la ville. Admettons que tu voulais aller t’acheter des cigarettes, c’était vraiment dommage pour toi.

Mais si admettons tu avais envie de fourrer une prostituée, là, tu avais pas mal de choix à moins de 250 mètres. JE M’EXPLIQUE. Là-bas à Caen, il semblerait que la prostitution soit tolérée si la prostituée se prostitue dans dans une minivan stationnée. Le signal est que si la chandelle est allumée, la fille est prête à t’accueuillir. Donc on se promenait dans le quartier, il y avait plusieurs vans stationnées avec chandelle allumée au travers du pare-brise, avec une fille assise en top de bikini sur le siège du conducteur. Elle t’attend, l’gros. Elle attend tes quatre centimètres cube chauds. Dans un contexte de stand-up en humour, on appelle ça un callback.

J'adore les québécois par JaredLe show était cool, j’aime toujours ça avoir accès comme je veux à une pompe à bière. On a joué avec un groupe du nom de Cyclamen. Le bassiste jouait sur une vieille (vieille!) v4b. Il ressemblait pas mal à Jonathan Juneau en plus carré.

J’ai fait la connaissance d’Antoine qui s’en allait remplacer aux drums dans Sport pour leur tournée entourant le Fest et d’un espagnol qui portait tsé là les chaussures de marche avec orteils.

On est allé coucher chez un autre Antoine où il s’est pas passé grand chose. Un bel appartement très propre dans lequel certains d’entre nous ont pu se rafraîchir d’une douche. Ah oui, je suis encore en train de me demander si Jared me niaise à propos de sa mère Sonia Sarfati. Je suis définitivement le seul à être autant préoccupé par rapport à ça. Même ma blonde, qui travaille pour le même journal que la mère de Jared, et à qui je raconte tout ça avec beaucoup d’enthousiasme via internet, semble s’en contre-calisser.

On a quitté Caen pour Lille bien relaxe, assez tard en fin de matinée. Il ne s’est pas passé grand chose durant le trajet. À Lille, quand on est arrivé vers 18h00, il ne s’est pas passé grand chose non plus. Puisqu’après une longue marche on n’avait encore rien trouvé à manger, on est allé s’acheter de la bière à l’épicerie (de la Rince-Cochon, notamment). C’est dommage que j’aie autant rien à dire sur Lille parce que ce show était le plus wild de toute la tournée. “Faites pas trop gaffe, c’est les chtis” qu’on s’est fait dire. Il y avait quand même du monde, et ça se garrochait partout. Pendant Mörse c’était tout simplement la guerre. J’ai fait un vidéo avec mon téléphone je vais sûrement l’uploader à un moment donné. C’est pas un vidéo filmé à la verticale.

Y’avait un genre de pitboss maladroit un peu chaud, mais tsé, vraiment dedans. Y’avait aussi un genre de semblable de Karly Karl, un gars qui travaillait chez Vans pis qui allait se faire transférer au Canada bientôt, probablement à Montréal. Est-on prêt pour un deuxième Karly Karl? Ce soir-là Jared était vraiment gorleau. Ça va en rester là mais si vous venez me demander de vous répéter certaines choses qu’il a dites ce soir-là, ça va me faire plaisir. 

On est allé dormir chez Jeremy. Honnêtement, en le regardant, il donnait plus l’impression qu’il s’appelait Lambert. Vraiment cool ce Jeremy, non seulement lui aussi demeurait dans un super appartement très propre, mais il avait laissé à notre disposition quelques litres de jus d’orange et un sac plein de croissants et de chocolatines. Ce n’est pas partout où on a apporté une attention aussi sensible à nos besoins en jus d’orange le matin.  Il avait aussi un chat noir qu’il a appelé Heenok, en l’honneur du roi Heenok (j’étais absolument pas au courant que le rayonnement du roi Heenok dépassait les frontières de Longueuil).

On avait super hâte de s’en aller de Lille car la prochaine destination était Londres et on était excité à l’idée de jouer en Angleterre les deux prochains jours. Et c’est certainement pas tous les jours que tu peux te dire que tu vas bientôt être en train de jaser avec Gary Sleith.

Rendu à Calais, il y a deux façons de traverser la Manche quand tu es dans une van. Soit par le tunnel, soit par le ferry. L’option du tunnel est pas mal poche car ils stackent ton char sur un train et tu dois rester dans ton auto pendant tout le long du trajet dans le tunnel noir. L’option du Ferry est super cool parce que tu parkes la van dans le stationnement d’un bateau gros comme le Titanic, tu montes sur le pont et tu bois des pintes de Guiness ou de Stella Artois en voyant l’Angleterre s’approcher, entouré de voyageurs quelconques. On y est allé avec le ferry de 12h50.

Traverse de la Manche

 Je ne connais pas beaucoup Londres, mais le show était à environs deux kilomètres au nord de la Thames sur Kingsland Road au Powerlunches. Ça été long avant d’arriver. Est-ce que c’est difficile de conduire à l’envers? Apparemment que non, selon Leki. C’était sa première fois et y’a jamais eu l’air à se poser de questions. Cool. Traverser la rue c’est par contre un peu plus compliqué. Et dangereux à chaque fois. Je me rappelle que ce soir là j’avais vraiment mais vraiment envie de manger du poulet frit.

La soirée était vraiment le fun. Le drink de choix était la grosse Newcastle. On a rencontré Tommy, qui, avec son ami du nord dont je me rappelle plus le nom mais qui était très chic, organisait la soirée via leur collectif Vested Interest. En plus, Tommy, son ami du nord et deux autres gars sont dans Skinny Dipping, et jouaient pour la première fois en spectacle. C’était vraiment bon, du genre de rock super riffy, j’ose pas dire emo mais ça chatouillait le genre, et Tommy chantait avec une voix aigue super agréable.

Ça a vraiment été un plaisir immense de rencontrer Gary Sleith. Ça fait depuis notre toute première parution que Gary distribue les bons mots sur nous, et il a récemment démontré son soutien de manière encore plus concrète en acceptant de releaser notre disque au UK au travers de son label Good Post Day Records. À force de socialnetworker avec Gary, j’ai vite compris que c’était un grand dégusteur de bière. C’est pourquoi je lui avais apporté deux bières Black Love, la délicieuse IPA noire que Jordan a brassée pour nous. Tous les obstacles du monde ont presque réussi à empêcher que ces bières finissent leur chemin dans le sac à dos de Gary. Je pourrais probablement écrire une nouvelle de cinq mille mots pour raconter tout ce qui est arrivé à ces deux crisses de bières-là. J’ai finalement réussi à lui en livrer une assez meurtrie, mais il l’a bue et lui a donné 4 feuilles de houblon sur 5 sur untapped! Cool.

Brosses à dentsOn a aussi rencontré Maize, une écossaise. Leki a rencontré Maize cet été dans un festival en quelque part qui n’était ni chez elle, ni chez lui, et ils sont devenus super amis. Quand il lui a dit qu’il allait venir à Londres avec nous en Septembre, elle lui a dit qu’elle prendrait le train de l’Écosse et qu’elle viendrait. Cette fille-là a tenu sa parole et était au Powerlunches. Elle restait chez sa cousine à Wimbledon. On a réussi à la convaincre de venir avec nous à Brighton le lendemain. Il fallait juste passer la prendre à Wimbledon en y allant. C’était sur le chemin. 

On est allé dormir chez Tommy, qui habite une de ces fameuses maisons en rangées typiquement londoniennes. Pour trois mille pounds par mois, ils louent cette maison à plusieurs. Il y avait neuf brosses à dents dans le verre à côté du lavabo. La réalité économique de Londres, a dit Simon.

Selon les cartes, Brighton était à environs une heure quarante-cinq de Londres. Wimbledon était un très léger détour de quelques kilomètres. 

L’affaire, c’est qu’à Londres, y’a du traffic.

Ça nous a pris deux heures et demi se rendre à fucking Wimbledon. Un autre deux heures et demi pour se rendre à Brighton. Ça fait qu’au lieu d’arriver à 14h00 ou 15h00 comme prévu, on est arrivé à 18h30. Mon objectif de manger un fish’n’chips sur la plage de grosses roches de Brighton était compromis, on devait se rendre au Bleach, la venue, le plus vite possible. On est quand même allé voir les manèges.

Brighton

Le Bleach est pas vraiment notre genre de venue. Au rez-de-chaussée, il y a un bar super grand et ça semble être un endroit à la mode pour les jocks et les douchebags. En fait, c’était comme une cage aux sports mélangé avec un coyote ugly. Au deuxième étage il y avait une salle de spectacle. Au début, on pensait que c’était poche pis que y’avait pas un chat. Finalement, on s’est rendu compte qu’avec un stage gros comme un cinq et demi et un parterre d’une superficie de quatre mille mètres carré, c’était normal de trouver que ça avait l’air vide. C’était vraiment un bel adon qu’on joue avec Lord Snow et de rencontrer Erik, Niko et Steph. Très nice aussi que Gary soit venu nous voir une deuxième soirée d’affilée. 

Après le spectacle, on s’en allait coucher chez Tom, à Maidstone, à environ une heure de Brighton vers le nord est. C’est donc dire qu’on aura passé en coup de vent à Brighton. L’avantage était qu’on allait être pas mal proche de Dover le lendemain et c’est de là qu’on reprenait le ferry pour retourner en France. On est parti vers 01h00 à peu près, on devait arriver chez Tom vers 02h00-2h15. Il était parti d’avance car il travaillait à 06h00 le lendemain et le deal était qu’on devait le texter en arrivant devant chez lui et il allait nous ouvrir la porte et retourner se coucher.

Tout allait bien, on se dirigeait vers l’endroit, et à un moment donné y’a fallu embarquer sur une autoroute qui était fermée pour réparation. On revire de bord, on demande au GPS de nous aider un peu, et on se lance dans la voie de contournement proposée. Je sais pas si ce sont les vapeurs de toutes ces BDR qu’on boit avec enthousiasme en arrière, mais ce GPS là nous a offert une run de tournage en rond dans les campagnes du Sussex que je suis pas prêt d’oublier. On tournait vraiment en rond, et c’était des boucles qui duraient environs trente minutes chacunes. Les routes secondaires dans ce coin là sont comme on se les imagine pour les avoir déjà vues dans Tintin et l’île Noire ou Orange Mécanique. Une minuscule voie de chaque côté, pas d’accotement, la noirceur totale et, à ce moment précis, un épais brouillard sur la route. Il y avait une forêt d’arbres dispersés de chaque côté. Leki roulait là-dedans à full pin pendant que The Estranged jouait à tue-tête dans le stéréo. C’était le moment le plus gloomy de la tournée et, je crois, mon préféré.

On était pas mal au milieu de nulle part et, les BDR faisant leur effet, on est arrêté pour pisser. Pis, je l’sais, C’EST TIRÉ PAR LES CHEVEUX, mais pendant qu’on pissait dans le brouillard, la police est arrivée. On n’a pas eu de ticket mais elle nous engueulait solide je comprenais rien je suis retourné dans la van. Simon en revenait pas que la police soit là. La présence policière a définitivement bloqué mon envie de pisser et j’ai dû la retenir une bonne heure de plus. J’hais vraiment les douleurs occasionnées par une envie de pisser.

On est arrivé chez Tom à 04h00. Pas loin de deux heures en retard. La place a été difficile à trouver. Un peu comme Tommy, Tom habite dans une grosse maison anglaise avec trois cent cinquante colocs. La différence c’est que chez Tommy, ses colocs sont ses amis, et que chez Tom, les colocs sont tous des inconnus. Tom est un des personnages les plus amusant et attachant que j’ai rencontré en Europe. Malgré qu’il travaillait dans deux heures et qu’il avait pas vraiment dormi, il est resté avec nous à jaser jusqu’à 04h45.

Ce soir-là était spécial car c’était le dernier soir où ou jouait sans Guillaume. Il nous rejoignait le lendemain à Paris et à tous les jours, on avait au moins une pensée sur comment ça allait être cool quand Guillaume allait nous rejoindre pour le restant de la tournée. Ce moment-là arrivait, c’était le demain. Du moins c’est ce qu’on pensait. En se branchant sur le wi-fi chez Tom, il y avait un message de Guillaume sur notre board qui disait qu’ils l’avaient refusé à l’aéroport puisque son passeport expirait dans moins de trois mois. On se disait “quel blagueur ce Guillaume, il en manque pas une, allez à demain mon espèce de coquin va”. Ça a l’air que c’était pas une blague car on a pas vu Guillaume du reste du voyage.

Le lendemain matin, il y avait deux des colocs de Tom qui fumaient des cigarettes dans le couloir. Ils avaient l’air intrigués de voir cinq québécois, un croate et une écossaise dormir dans leur petit salon.

Black CoffeeJe vais pas prendre l’habitude de m’attarder sur des détails insignifiants et décrire, par exemple, comment on a trouvé le café qu’on a bu à chaque jour. Mais il faut que je prenne une seconde pour parler un peu du pire estie de calisse de café de l’histoire de l’univers. Dans cette place-là, faire un café consiste à déposer un fond d’eau dans lequel ils ont mélangé de la vielle cendre de cigarette à de la terre dans un verre et de remplir à rebord avec de l’eau bouillante.

Le chemin vers Paris a été très long et il ne s’est pas passé grand chose. J’étais un peu bête et sur la déprime ce jour-là. Je crois que c’est à force d’enligner les nuits de sommeil de deux heures que j’ai attrapé un air bête. J’étais jamais allé à Paris et j’avais un peu hâte de voir de quoi y’était question, mais on jouait au Parvis de Bagnolet, dans un coin vraiment poche à l’extérieur du périphérique. Il n’y avait que des entrées d’autoroutes, un centre d’achat plutôt merdique, tout ça à l’ombre de lugubres tours d’habitation. Si j’avais pas été au courant que les Cités, c’est pas exactement là, j’aurais pensé qu’on était dans les cités. Surtout quand un petit arabe d’environs 14 ans est venu m’offrir de la poud’ pendant que je cherchais un coin pour pisser. Ce n’est donc pas en 2014 que j’aurai vu le Paris romantique dont on parle dans les brochures.

Le show était vraiment bien par contre. Je redeviens toujours de bonne humeur en jouant. Ah, le pouvoir de la musique! Il y avait pas mal de monde et c’était agité sur le plancher crasseux et glissant du Parvis de Bagnolet. On remercie la délégation colombienne venue voir Sin Naciòn d’avoir apprécié nos chansons. 

Paris lugubre

La fin de cette soirée marquait un moment triste. Les gars de Bokanovsy rentraient chez eux et nous on continuait notre route vers l’Allemagne. Je suis toujours émotionnel quand quelqu’un que j’aime beaucoup prend une sortie différente de la mienne sur l’autoroute de la vie. J’en ai pas beaucoup parlé durant jusqu’à maintenant, mais il faut dire que les bokanochoux ont été des partenaires de tournée en or. Chaque gars avait une personnalité intriguante et unique, ils étaient tous d’une gentillesse et d’une douceur dont devraient s’inspirer d’autres français.

Black Love et Bokanovsky

La suite à venir dans les prochaines semaines…