[CRITIQUES] Earth – Primitive And Deadly – Southern Lord Records (2014)

Earth - Primitive And Deadly - Southern Lord Recordings

Actif depuis 1989, Earth est passé à travers deux décennies et demie, sans jamais s’essouffler. Au contraire, l’évolution artistique semble être la marque de commerce de Dylan Carlson, membre fondateur et véritable pionnier du drone, qui semble toujours vouloir repousser ses propres limites. Primitive And Deadly fait suite aux deux excellents albums concepts Angels Of Darkness, Demons Of Light I et II. Une tâche difficile, puisqu’ils étaient de véritables chefs-d’œuvre. Minimalistes, vagues et envoûtants, ils représentaient, selon moi, l’apogée de Carlson et sa bande, là où Earth était à son meilleur. Pourtant, le groupe n’a pas stagné. Au contraire, ils ont, une fois de plus, avancé là où on ne s’y attendait pas.

Sur la pièce d’ouverture Torn By The Fox of the Crescent Moon, on semble comprendre où Earth veut nous faire voyager: dans un univers tout aussi fascinant, mais plus agressif, plus rythmique, là où la guitare se montre plus insistante. C’est surtout sur There Is A Serpent Coming qu’on s’étonne, où la voix de Mark Lanegan (Screaming Trees) s’ajoute à la douce mélodie de Earth. Il est toujours surprenant d’entendre du vocal sur un album de Earth. Pourtant, la voix est utilisée comme accompagnement car on se laisse tout autant envoûter que sur n’importe quel autre titre du groupe et la guitare de Carlson reste le fil conducteur de cette tumultueuse épopée. La preuve: les titres avec de la voix sont joués en spectacle de façon instrumentale et l’efficacité y est.

Plutôt que de rester dans leur zone de confort, le groupe de Seattle semble encore une fois vouloir s’écarter le plus possible de la monotonie en repoussant ses propres limites. Tout au long de l’album, la guitare de Carlson se veut plus persistante, non seulement elle crée l’ambiance et le rythme à elle seule, mais elle est aussi plus virulente. Les solos introduits, autre surprise sur l’album, y sont intégrés progressivement sans nous brusquer, tout en apportant une nouvelle dynamique qu’on avait rarement entendue. Sur From The Zodiacal Light, la voix féminine de Qazi nous transporte ailleurs. La chanson de 11 minutes 29 semble être trop courte, tel un voyage plaisant. La fluidité du titre nous fait croire qu’ils ont toujours travaillé ensemble.

C’est la qualité première de Earth: soit de pouvoir prendre n’importe quelle forme, tout en restant pertinent et nécessaire, dans une scène musicale où faire sa propre place relève du miracle. Le groupe n’est pas seulement une référence en la matière, il est indispensable. Primitive And Deadly n’a peut-être pas le même impact que des albums cultes comme Earth II : Special Low-Frequency Version ou Hex; Or Printing in the Infernal Method, mais a tout de même la particularité d’être un album de Earth, c’est-à-dire d’être unique en soi et de prouver les talents de compositeurs de Dylan Carlson et du groupe.