[CRITIQUES] Dethfox – Natural Media Teleforce – Chaos Rural (2014)

Punx Invaders

Dethfox - Natural Media Teleforce - Chaos Rurale (2014)

Imaginez-vous un instant, le Montréal souterrain prendre des allures post-apocalyptiques où y vivent des êtres en marge d’une civilisation sous l’emprise acharnée du capitalisme sauvage. Un endroit, ennemi du chaos engendré par la société dite « moderne », peuplé « d’outsiders » de divers horizons s’abandonnant pleinement au bonheur de l’autogestion. Lieu de rencontre d’âmes perdues, retrouvées, partageant en symbiose une vison du monde alternative baignant dans la libre pensée. Peuple assoiffé d’esprit critique appelé par la force accrue de la création. Légion parallèle prônant la résistance, fuyant cette ère transgénique fertilisée par l’individualisme et le réconfort de la consommation. Oui, dans les lugubres catacombes de la cité, des gens s’expriment sans retenue en perpétuant des valeurs qu’on a tendance à oublier là-haut. Ça fourmille allègrement dans l’underground. Parmi cette horde bienveillante, Dethfox. Un trio offensif pratiquant une forme d’art jadis appelée punk rock. Vous savez, cette musique viscérale, irrévérencieuse, engagée et rassembleuse. Ces enfants sacrés des dieux Motörhead muni d’un désir absolu de changer le monde. Cette expression sauvage qui ne vieillit jamais, gravé dans les pavés unis de la contre culture.

De temps à autre, les pugilistes enflammés surgissent du sol enfourchant leurs bécanes tels des chevaliers démoniaques. Suite à une cassette démo menaçante en 2013, la bande récidive avec un serment vinylique courte durée. « Natural Media Teleforce« . Balayant le smog étouffant, la troupe infernale lance cinq bombes incisives sur la ville zombifiée  par une culture de masse aseptisée. Une décharge électrique lucide venant affliger une bonne dose de réalisme dans un univers ou l’on glorifie le faux. Ces sonorités crues, noyées dans une noirceur oppressante et imbibées de nihilisme demeurent toujours entêtantes. La beauté abstraite des textes, portés par cette voix efficacement écorchée, laissent entrevoir un message anticonformiste rassurant.   La poursuite de l’authenticité d’un mouvement défiant le formaté qui envenime depuis trop longtemps les cerveaux.  Dethfox débarque pour brasser la cage sociale intimidée par le contrôle médiatique, enfoncée dans une roue d’exploiteurs/exploités et soumise à un fascisme déguisé en démocratie.

En moins de neuf minutes, le groupe réussit à se forger une identité d’une honnêteté imparable. Les pièces s’incrustent dans votre corps tout naturellement comme le plus pernicieux des virus. Sauf qu’ici, nul besoin d’antidote. On se surprend à fredonné ces hymnes décapants à répétition. Avec une présentation digne de Crass Records et livrée dans un Chaos Rural toujours essentiel, cette parution contribue au rayonnement d’une scène qui s’orchestre d’elle-même par passion rigoureuse. Une manifestation susceptible de déranger une population lobotomisée aux médias sociaux, affamée de l’image et plongée dans la complaisance éphémère que lui procure l’appropriation de certains mouvements dont les valeurs fondamentales lui échappent. Mais sachez qu’à travers l’exubérance du superficiel, la réplique n’est jamais bien loin, organisée et prête à faire feux. Et ce, pour la survie de l’humanité.

Le lancement du vinyle aura lieu le 7 février à la Casa Del Popolo en compagnie de Bearmace et Drip.